160 LES PRÉCIEUSES RIDICULES.
Que veux-tu, ma chère? j’en suis en confusion pour lui.J'ai peine à me persuader que je puisse être véritablementsa fille, et je crois que quelque aventure un jour me viendradévelopper une naissance plus illustre.
CATIIOS.
Je le croirais bien ; oui, il y a toutes les apparences dumonde; et, pour moi, quand je me regarde aussi...
SCÈNE VIÎ.
CATIIOS, MADELON, MAROTTE.
MAROTTE.
Voilà un laquais qui demande si vous êtes au logis, et ditque son maître vous veut venir voir.
MADELON.
Apprenez, sotte, à vous énoncer moins vulgairement.Dites : Voilà un nécessaire qui demande si vous êtes encommodité d’être visibles.
MAROTTE.
Dame! je n'enteiuls point le latin; et je n’ai pas appriscomme vous, la filophie dans le grand Cyre.
MADEI.ON.
L'imperlmcnte! le moyen de souffrir cela! Et qui est-ille maître de ce laquais?
MAROTTE.
Il me Ta nommé le marquis de Mascarille.
MVOELON.
Ah! ma chère, un marquis! un fnarquis! Oui, allez direqu’on nous peut voir. C'est sans doute un bel esprit quiaura ouï parler de nous.
CATIIOS.
Assurément, ma chère.
MVDELON.
Il faut le recevoir dans cette salle basse, plutôt qu’ennotre chambre. Ajustons un peu nos cheveux au moins, etsoutenons notre réputation. Vite, venez nous tendre icidedans le conseiller des grâces.
MVROTTE.
Par ma foi ! je ne sais point quelle bête c'est là ; il faut par-ler chrétien (1), si vous voulez que je vous entende.
Cl) Parler chrétien , c’est parler nn langage intelligible. Cette gipres^ion estTenue des Vénitiens, qui disent que, commo il n’y a do vraie religion que celle