SCÈNE I.
183
Voire plus court sera, madame la mutine,
D accepter sans façon l'époux qu’on vous destine.J’ignore, dites-vous, de quelle humeur il est,
Et dois auparavant consulter.s'il vous plail :
Informé du grand bien qui lui tombe en partage,Dois-je prendre le soin d’en savoir davantage ?
Et cet époux, ayant vingt mille bons ducats,
Pour être aimé de vous doit-il manquer d'appas?Allez, tel qu’il puisse être, avecque celte sommeJe vous suis caution qu’il est très honnête homme,
, CÉLIE.
Hélas !
GORGIBUS.
Eh bien, hélas! que veut dire ceci?
Voyez le bel hélas qu’elle nous donne ici !
Eh ! ([ue si la colère une fois me transporte,
Je vous ferai chanter hélas de bonne sorte !
Voilà, voilà le fruit de ces empressementsQu'on vous voit nuit et jour à lire vos romans;
De quolibets d'amour votre tête est remplie,
Et vous parlez de Dieu bien moins que de délie (I).Jetez-moi dans le feu tous ces méchants écritsQui gâtent tous les jours tant de jeunes esprits ;Eisez-moi comme il faut, au lieu de ces sornettes,Les Quatrains de Pibrac et les doctes Tablettes (2)
Du conseiller Matthieu ; l’ouvrage est de valeur,
Et plein de beaux dictons à réciter par cœur.
Le Guide des pécheurs (3) est encore un bon livre,C'est là qu'en peu de temps on apprend à bien vivre ;Et si vous n'aviez lu que ces moralités,
Vous sauriez un peu mieux suivre mes volontés.
CÉLIE.
Quoi ! vous prétendez donc, mon père, que j’oublieLa constante amitié que je dois à Lélie?
J'aurais tort si, sans vous, je disposais de moi ;
Mais vous-même à ses vœux engageâtes ma foi.
concilies.
Lui fût-elle engagée encore davantage,
L'n autre est survenu, dont le bien l’en dégage.
(1) Clélie , roman do mademoiselle de Scndéry.
(2) Ces doux ouvrages tenaient autrefois dans l’éducation de la jeunesse lamémo place que les fables de la fontaine y tiennent aujourd’hui.
(3) Livre de dévotion, par Louis de Grenade, dominicain espagnol, mort en158S. (B.)
T