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Tome I.
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ACTE I, SCÈNE I.

Que j’ai pour tout conseil ma fantaisie à suivre,Et me trouve fort bien de ma façon de vivre.

AJUSTE.

Mais chacun la condamne.

SGANARELLE.

Oui, des fous comme vous.

Mon frère.

AJUSTE.

Grand merci; le compliment est doux!

SGANARELLE.

Je voudrais bien savoir, puisqu’il faut tout entendre,Ce que ces beaux censeurs en moi peuvent reprendre,

ARISTE.

Cette farouche humeur, dont la sévéritéFuit toutes les douceurs de la société,

A tous vos procédés inspire un air bizarre,

Et, jusques à l’habit, rend tout chez vous barbare.

SCANiRELLE.

11 est vrai qu’à la mode il faut m’assujettir,

Et ce n'est pas pour moi que je me dois vêtir.

Ne voudriez-vous point, par vos belles sornettes (I),Monsieur mon frère aîné, car, Dieu merci, vous l’êtesD une vingtaine d’ans, à 11 e vous rien celer,

Et cela ne vaut pas la peine d’en parler ;

Ne voudriez-vous point, dis-je, sur ces matières,

De vos jeunes muguets (2) m’inspirer les manières?M’obliger à porter de ces petits chapeauxQui laissent éventer leurs débiles cerveaux-,

Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflureDes visages humains offusque la figure ?

De ces petits pourpoints sous les bras se perdants?Et de ces grands collets jusqu’au nombril pendants ?De ces manches qu’à table on voit tâter les sauces?Et de ces cotillons appelés liauts-de-chausses ?

De ces souliers mignons, de rubans revêtus,

Qui vous font ressembler à des pigeons pattus ?

Et de ces grands canons où, comme en des entravesOn met tous les matins ses deux jambes esclaves,

- Cl) Sornettes, discours frivoles, bagatelles : originairement, contes faits lef>oir pendant la veillée ; du vieux mot sorne , soir.

(21 Muguet, gentil, amoureux, amator venustulus. (Nie.) — C’est le nomde la fleur môme, métaphoriquement transporté fe oeux qui s’en parfumaient.

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