Band 
Tome I.
Seite
276
JPEG-Download
 

276

LES FACHEUX.

11 se rabat soudain, dont j’eus l'àme ravie ;

11 empaume la voie ; et moi, je sonne et crie :

A FinautI à Finaut! j’en revois (l) à plaisirSur une taupinière, et resonne à loisir.

Quelques chiens revenaient à moi, quand, pour disgrâce,Le jeune cerf, marquis, à mon campagnard passe.

Mon étourdi se met à sonner comme il faut,

Et crie à pleine voix : Tayaut ! tayaut ! tayaut !

Mes chiens me quittent tous, et vont à ma pécore;

J'y pousse, et j'en revois dans le chemin encore ;

Mais à terre, mon cher, je n’eus pas jeté l'œil,

Que je connus le change et sentis un grand deuil.

J’ai beau lui faire voir toutes les différencesDes pinces de mon cerf et de ses connaissances,

Il me soutient toujours, en chasseur ignorant,

Que c’est le cerf de meute; et, par ce différend,

11 donne temps aux chiens d’aller loin. J'en enrage,

Et, pestant de bon cœur contre le personnage,

Je pousse mon cheval et par haut et par bas,

Qui pliait des gaulis (2) aussi gros que le bras ;

Je ramène les chiens à ma première voie,

Qui vont, en me donnant une excessive joie,

Requérir notre cerf, comme s'ils l’eussent vu,lis le relancent; mais, ce coup est-il prévu?

A te dire le vrai, cher marquis, il m'assomme ;

Notre cerf relancé va passer à notre homme,

Qui croyant faire un trait de chasseur fort vanté,

D'un pistolet d’arçon qu’il avait apporté,

Lui donne justement au milieu de la tête ,

Et de fort loin me crie : Ah I j’ai mis bas la bête!

A-t-on jamais parlé de pistolets, bon Dieu !

Pour courre un cerf? Pour moi, venant dessus le lieuJ’ai trouvé l’action tellement hors d’usage,

Que j’ai donné des deux à mon cheval, de rage,

Et m’en suis revenu chez moi toujours courant,

Sans vouloir dire un mot à ce sot ignorant.

ÉRASTIÏ.

Tu ne pouvais mieux faire, et ta prudence est rare :C’est ainsi des fâcheux qu’il faut qu’on se sépare.

Adieu.

(1) .Revoir, retrouver la trace de la bête. ( Dict. des chasses .)

( 2 ) Gaulis, branches qui embarrassent le chasseur lorsqu'il pénètre danstaillis. ( Idem.)