352 LA CRITIQUE DE L’ÉCOLE DES FEMMES.
avoue que je n'ai pas trouvé le moindre grain de sel dans toutcela Les enfants par l’oreille m'ont paru d'un goût détesta-ble; la tarie à la crème m’a affadi le cœur; el j'ai pensé vo-mir au potage.
ÉLISE.
Mon Dieu, que tout cela est dit élégamment ! J'aurais cruque celte pièce était bonne; mais madame a une éloquence sipersuasive, elle tourne les choses d’une manière si agréa-ble, qu'il faut être de son sentiment, malgré qu'on en ait.
URANIE.
Pour moi, je n’ai pas tant de complaisance; et, pour dire mapensée, je tiens cette comédie une des plus plaisantes quel'auteur ait produites.
CLI5IÈNE.
Ah ! vous me faites pitié, de parler ainsi ; et je ne sauraisvous souff rir cette obscurité de discernement.. I’eut-on, ayantde la vertu, trouver de l’agrément dans une pièce qui lientsans cesse la pudeur en alarme, et salit à tout moment 1 ima-gination.
ÉLISE.
Les jolies façons de parler que voilà 1 Que vous êtes, Ma-dame, une rude joueuse en critique, et que je plains le pau-vre Molière de vous avoir pour ennemie !
CLIMÈNE,
Croyez-moi, ma chère, corrigez de bonne foi votre juge-ment; et, pour votre honneur, n’allez point dire par le mondeque cette comédie vous ait plu.
URANIE.
Moi, je ne sais pas ce que vous y avez trouvé qui blesse lapudeur.
CI.IMÈNE.
Hélas! tout ; et je mets en fait qu’une honnête femme nela saurait voir sans confusion, tant j’y ai découvert d'ordureset de saletés.
URVN1E.
11 faut donc que pour les ordures vous ayez des lumièresque les autres n’ont pas ; car, pour moi, je n'y en ai point vu.
CLIMÈNE.
C’est que vous ne voulez pas y en avoir vu, assurément;car enfin toutes ces ordures, Dieu merci, y sont à visage ué-couvert. Elles n’ont pas la moindre enveloppe qui les couvre,et les yeux les plus hardis sont effrayés de leur nudité.
ÉLISE.
Ah !