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Tome I.
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369
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SCÈNE VI.

869

LE MARQUIS.

Quoi! chevalier, est-ce que tu prétends soutenir cellepièce ?

DORANTE.

Oui, je prétends la soutenir.

LE MARQUIS.

Parbleu ! je la garantis détestable.

DORANTE.

La caution n’cst pas bourgeoise (1). Mais, marquis, parquelle raison, de grâce, cette comédie est-elle ce que tu dis?

LE M ARQUIS.

Pourquoi elle est détestable ?

DORANTE.

Oui.

LE MARQUIS.

Elle est détestable, parce quelle est détestable.

DORANTE.

Après cela, il n’y a plus rien à dire ; voilà son procès fait.Mais encore, instruis-nous, et nous dis les défautsqui y sont.

LE MARQUIS.

Que sais-je, moi? je ne me suis pas seulement donné lapeinede l'écouter. Mais enfin, je sais bien que je n'ai jamaisrien vu de si méchant, Dieu me sauve ! et Dorilas, contrequi j’étais, a été de mon avis.

DORANTE.

L’autorité est belle, et te voilà bien appuyé !

LE MARQUIS.

Il ne faut que voir les continuels éclats de rire que le par-terre y fait. Je ne veux point d'autre chose pour témoignerqu’elle ne vaut rien.

DORANTE.

Tu es donc, marquis, de ces messieurs du bel air qui neveulent pas que le parterre ait du sens commun, et qui se-raient fâchés d’avoir ri avec lui, fût-ce de la meilleure chosedu monde? Je vis l’autre jour sur le théâtre un de nos amis,qui se rendit ridicule par là. Il écouta toute la pièce avec u:iseneux le plus sombre du monde; et tout ce qui égayait lesautres ridait son front. A tous les éclats de risée, il haussaitles épaules, et regardait le parterre en pitié; et quelquefoisaussi, le regardant avec dépit, il lui disait tout haut : Risdonc, parterre, ris donc. Ce fut une seconde comédie, que

(1) Taçon de parler empruntée de la science du droit. Elle yeut dire que lacaution n’est ni valable ni sûre. IB.)

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