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Tome I.
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LE MARIAGE FORCÉ.

semble, et je ne vous contraindrai point dans vos actions,comme j'espère que, de votre coté, vous ne me contraindrezpoint dans les miennes; car, pour moi, je tiens qu'il fautavoir une complaisance mutuelle, et qu'on ne se doit pointmarier pour se faire enrager l’un l'autre. Enfin, nous vivrons,étant mariés, comme deux personnes qui savent leur monde:aucun soupçon jaloux ne nous troublera la cervelle ; et c’estassez que vous serez assuré de ma fidélité, comme je seraipersuadée de la vôtre. Mais qu’avez-vous? je vous vois toutchangé de visage.

SGANARELLE.

Ce sont quelques vapeurs qui me viennent de monter à lafête.

RORIMÈNE.

C’est un mal aujourd'hui qui attaque beaucoup de gens,mais notre mariage vous dissipera tout cela. Adieu. Il metarde déjà que je n’aie des habits raisonnables, pour quittervite ces guenilles. Je m’en vais de ce pas achever d’achetertoutes les choses qu’il me faut, et je vous enverrai les mar-chands.

SCÈNE Y.

GÉRONIMO,SGANARELLE.

GÉRONIMO.

Ah! seigneur Sganarelle, je suis ravi de vous trouver en-core ici ; et j’ai rencontré un orfèvre qui, sur le bruit quevous cherchiez quelque beau diamant en bague pour faireun présent à votre épouse, m'a fort prié de venir vous parlerpour lui, et dé vous dire qu'il en a un à vendre, le [dus par-fait du monde.

SGANARELLE.

Mon Dieu! cela n’est pas pressé.

GÉRONIMO.

Comment,.que veut dire cela? Où est l’ardeur que vousmontriez tout à l'heure ?

SGANARELLE.

Il m’est venu, depuis un moment, de petits scrupules surle mariage. Avant que de passer plus avant, je voudrais bienagiter à fond cette matière, et que l’on m’expliquât un songeque j'ai fait cette nuit, et qui vient tout à l'heure de me re-venir dans l'esprit. Vous savez que les songes sont comme desmiroirs, où l’on découvre quelquefois tout ce qui nous doit