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LE FESTIN DE PIERRE.
qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre. Non seulement ilréjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruitles âmes à la vertu, et l'on apprend avec lui à devenir hon-nête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu’on en prend, dequelle manière obligeante on en use avec tout le monde, etcomme on est ravi d'en donner à droite et à gauche, partoutoù l'on se trouve? On n'attend pas même qu'on en demande,et l'on court au-devant du souhait des gens; tant il est vraique le tabac inspire des sentiments d'honneur et de vertu àtous ceux qui en prennent. Mais c’est assez de cette matière,reprenons un peu notre discours. Si bien donc, cherGusman,que doue Elvire, ta maîtresse, surprise de notre départ, s'estmise en campagne après nous; et son cœur, que mon maîtrea su toucher trop fortement, n’a pu vivre, dis-tu, sans le ve-nir chercher ici. Veux-tu qu’entre nous je te dise ma pensée?J'ai peur qu’elle-ne soit mal payée de son amour, que sonvoyage en cette ville produise peu de fruit, et que vous eus-siez autant gagné à ne bouger de là.
CUSMVN.
Et la raison encore? Dis-moi, je le prie,'Sganarelle, quipeut l'inspirer une peur d’un si mauvais augure? Ton maîtret a-t-il ouvert son cœur là-dessus, et t'a-t-il dit qu'il efttpour nous quelque froideur qui l’ait obligé à partir?
SGANARELLE.
Non pas; mais, à vue de pays, je connais à peu près leIrain des choses; et, sans qu'il m’ait encore rien dit, je gage-rais presque que l'affaire va là. Je pourrais peut-être metromper; mais enfin, sur de tels sujets, l’expérience m'a pudonner quelques lumières.
CUSMVN.
Quoi! ce départ si peu prévuserait une infidélité de donJuan ? il pourrait faire cette injure aux chastes feux de doneElvire?
SGANARELLE.
Non, c’est qu’il est jeune encore, et qu’il n’a pas le cou-rage...
GUS» VN.
Un homme de sa qualité ferait une action si lâche!
SGANARELLE.
Hé ! oui, sa qualité ! La raison en est belle ; et c’est par laqu'il s’empêcherait des choses!
GL'SMAN.
Mais les saints nœuds du mariage le tiennent engagé.