ACTE I, SCENE I.
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SGANABEEI.E.
lié! mou pauvre Gusman, mon ami, tu ne sais pas encore,crois-moi, quel homme est don Juan.
GLSMXN.
Je ne sais pas, de vrai, quel homme il peut être, s’il fautqu'il nous ait fait cette perfidie; et je ne comprends pointcomme, après tant d'amour et tant d'impatience témoignée,tant d'hommages pressants, de vœux, de soupirs et de lar-mes. tant de lettres passionnées, de protestations ardentes etde serments réitérés^ tant de transports enfin, et tant d’em-(i irlemenls qu'il a fait paraître, jusqu'à forcer, dans sa pas-sion, l'obstacle sacré d'un couvent, pour mettre donc Elvireen sa puissance; je ne comprends pas, dis-je, comme aprèstout cela, il aurait le cœur de pouvoir manquer à sa parole.
SGANAREELE.
Je liai pas grande'peine à le comprendre, moi; et, si tuconnaissais le pèlerin, tu trouverais la chose assez facile pourlui. Je ne dis pas qu'il ait changédescnfiments. pour doue El-vire. je n'en ai point de certitude encore. Tu saisque, par sonordre, je partis avant lui; et depuis son arrivée, il ne m'apoint entretenu; mais, par précaution, je t'apprends, internos, que lu vois, en don Juan mon maître, le plus grand scé-lérat que la terre ait jamais porté, uii enragé, un chien, undiable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni ciel, ni saint,ni Dieu, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bêlebrute: un pourceau d'Épicure, un vrai Sardanapale, qui fermel’oreille à toutes les remontrances chrétiennes qu'on lui peutfaire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons. Turue dis qu'il a épousé ta maîtresse ; crois qu'il aurait plus faitHour sa passion, et qu'avec elle il aurait encore épousé, toi,son chien et son chat. Un mariage ne lui coûte rien à contrac-ter; il ne se sert point d'autres pièges pour attraper lesbelles; et c’est un épouseur à toutes mains. Dame, demoi-selle, bourgeoise, paysanne, il ne trouve rien de trop chaudn > de trop froid pour lui ; et, si je te disais le nom de touteseelles qu'il a épousées en divers lieux, ce serait un chapitrea durer jusqu'au soir. Tu demeures surpris et changes decouleur a ce discours ; ce n’est là qu'une-ébauche du person-na ge; et, pour en achever le portrait, il faudrait bien d'au-thes coups de pinceau. Suffit qu'il faut que lecourroux du ciel•accable quelque jour; qu’il me vaudrait bien mieux d'êtrea' 1 .diable que d'être à lui, et qu’il me fait voir tant d'hor-rei| rs, que "je souhaiterais qu'il fût déjà je ne sais où. Maisl ’ n grand seigneur méchant homme est une terrible chose :i.’