486 LE FESTIN DE PIERRE.
m'oblige à le faire trouverai! lieu que vous voudrez, et quandil vous plaira.
DON CARLOS.
Cet espoir est bien doux, Monsieur, à des cœurs offensés ;mais, après ce que je vous dois, ce me serait une trop sen-sible douleur que vous fussiez de la partie.
DON JUAN.
Je suis si attaché à don Juan, qu'il ne saurait se battre queje ne me batte aussi ; niais enfin j'en réponds comme de moi-méme, et vous n’avez qu'à dire quand vous voulez qu il pa-raisse, et vous donne satisfaction.
DON CARLOS.
Que ma destinée est cruelle ! Faut-il que je vous doive lavie, et que don Juan soit de vos amis!
SCÈNE Y.
DON ALONSE, DON CARLOS, DON JUAN, SGANARELLE.
DON ALONSE, parlant à ceux de sa suite, sans voir don Carlos ni donJuan.
Faites boire là mes chevaux, et qu’on les amène aprèsnous : je veux un peu marcher à pied. (Les apercevant tousdeux.) O ciel! que vois-je ici? Quoi! mon frère, vous voilàavec notre ennemi mortel!
DON CARLOS.
Notre ennemi mortel?
DON JUAN, mettant la main sur la garde de son épée.
Oui, je suis dou Juan moi-même; et l’avantage du nombrene m’obligera pas à vouloir déguiser mon nom.
DON ALONSE, mettant l'épée à la main.
Ah! traître, il faut que tu périsses, et...
(Sganarellc court se cacher.)
DON CARLOS.
Ah ! mon frère, arrêtez. Je lui suis redevable de la vie ; et,sans le secours de son bras, j’aurais été tué par des voleursque j’ai trouvés.
DON ALONSE.
Et voulez-vous que cet te considération empêche notre ven-geance? Tous les services ([lie nous rend une main ennemiene sont d’aucun mérite pour engager notre âme; et s’il fautmesurer l'obligation à l'injure, votre reconnaissance, monfrère, est ici ridicule ; et comme l’honneur est infiniment plusprécieux que la vie, c’est ne devoir rien proprement qued’être redevable de la vie à qui nous a ôté l’honneur.