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Tome I.
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LE FESTIN' DE PIERRE.

Enfin, c’est là le vrai moyen de faire impunément tout ce queje voudrai. Je m’érigerai en censeur des actions d’autrui,jugerai mal de tout le monde, et n'aurai bonne opinion quede moi. Dès qu'une fois on m’aura choqué tant soit peu, jene pardonnerai jamais, et garderai tout doucement une haineirréconciliable. Je serai le vengeur des intérêts du ciel; et,

. sous ce prétexte commode, je pousserai mes ennemis, je lesaccuserai d'impiété, et saurai déchaîner contre eux des zélésindiscrets, qui, sans connaissance de cause, crieront en pu-blic contre eux, qui les accableront d’injures, et les damne-ront hautement, de leur autorité privée. C’est ainsi qu'il fautproliter des faiblesses des hommes, et qu’un sage esprit s'ac-commode aux vices de son siècle.

SGINARELLE.

O ciel! qu’entends-je ici! il ne vous manquait plus qued'être hypocrite, pour vous achever de tout point; et voilàle comble des abominations. Monsieur, cette dernière-cim'emporte, et je ne puis m’empêcher de parler. Faites-moitout ce qu’il vous plaira : battez-moi, assommez-inoi de coups,tuez-moi, si vous voulez ; il faut que je décharge mon coeur,et qu’en valet fidèle je vous dise ce que je dois. Sachez. Mon-sieur, que tant va la cruche à l’eau, qu'enlin elle se brise;et, comme dit fort bien cet auteur que je ne connais pas,l’homme est, en ce monde, ainsi que l’oiseau sur la branche ;la branche est attachée à l’arbre; qui s’attache à l'arbre suitde bons préceptes; les bons'préceptes valent mieux que lesbelles paroles; les belles paroles se trouvent à la cour; à lacour sont les courtisans; les courtisans suivent la mode; lamode vient de la fantaisie ; la fantaisie est une faculté del'àme : l’àine est ce qui nous donne la vie ; la vie finit par lamort ; la mort nous fait penser au ciel ; le ciel est au-dessusde la terre ; la terre n’est point la mer ; la mer est sujette auxorages; les orages tourmentent les vaisseaux; les vaisseauxont besoin d’un bon pilote; un bon pilote a de la prudence;la prudence n’est pas dans les jeunes gens; les jeunes gensdoivent obéissance aux vieux; les vieux aiment les richesses ;les richesses font les richesses riches ne sont pas pauvres;les pauvres ont de la nécessité ; la nécessité n’a point de loi ;qui n’a pas de loi vit en bête brute ; et, par conséquent vousserez damné à tous les diables.

noN iu.vn.

O le beau raisonnement !

sc VNVtlF.LI.E.

Après cela, si vous ne vous rendez, tant pis pour vous.