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Tome I.
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ACTE Y, SCÈNE II.

d'avoir un témoin du fond de mon âme, et des véritablesmotifs qui m’obligent à faire les choses;

SGANARELLE.

Quoi ! vous ne croyez rien du tout, et vous voulez cepen-dant vous ériger en homme de bien ?

DON JUAN.

Et pourquoi non? Il y en a tant d'autres comme moi quise mêlent de ce métier, et qui se servent du même masquepour abuser le monde !

SGANARELLE, il part.

Ali ! quel homme ! quel homme !

DON JUAN.

Il n’y a plus de honte maintenant à cela : l'hypocrisie estun vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pourvertus. Le personnage d'homme de bien est le meilleur detous les personnagesqu’on puisse jouer. Aujourd’hui, la pro-fession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un artde qui l’imposture est toujours respectée ; et, quoiqu'on ladécouvre, on n’ose rien dire contre elle. Tous les autresvices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a laliberté de les attaquer hautement ; mais l’hypocrisie est unvice privilégié qui, de sa main, ferme la bouche à tout lemonde ,'et jouit en repos d’une impunité souveraine. On lie,à force de grimaces, une société étroite avec tous les gensdu parti. Qui en choque un, se les attire tous sur les bras;et ceux que l’on sait même agir de bonne foi là-dessus, etquechacun connaît pour être véritablement touchés, ceux-là,dis-je, sont toujours les dupes des autres ; ils donnent bonne-ment dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglé-ment les singes de leurs actions. Combien crois-tu que j'enconnaisse qui, par ce stratagème, ont rhabillé adroitementles désordres de leur jeunesse, qui se font un bouclier dumanteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont lapermission d'être les plus méchants hommes du monde?Ona beau savoir leurs intrigues , et les connaître pour ce qu'ilssont, ils ne laissent pas pour cela d’être en crédit parmi lesgens; et quelque baissement de tête, un soupir mortifiéet deux roulements d'yeux rajustent dans le monde tout cequ’ils peuvent faire. C'est sous cet abri favorable que je veuxme sauver, et mettre en sûreté mes affaires. Je ne quitteraipoint mes douces habitudes; mais j’aurai soin de me cacher,et me divertirai à petit bruit. Que si je viens à être décou-vert , je verrai, sans me remuer, prendre mes intérêts à toutela cabale, et je serai défendu par elle envers et contre tous.