517
ACTE I, SCÈNE III.
SCÈNE II.
LUCINDE, SGANARELLE.
SGANARELLE.
Ah ! voilà ma fille qui prend l’air. Elle ne me voit pas. Ellesoupire; elle lève les yeux au ciel, (a Lucinde.) Dieu vousgarde! Bonjour, ma mie. Eh bien ! qu’est-ce? Comme vous enva? Hé quoi ! toujours triste et mélancolique comme cela, ettu ne veux pas me dire ce que tu as ? Allons donc, découvre-moi ton petit cœur. Là, ma pauvre mie, dis, dis, dis tes pe-tites pensées à ton petit papa mignon. Courage ! veux-tu queje te baise? Viens, (a part.) J’enrage de la voir de cette hu-meur-là. ( a Lucinde.) Mais, dis-moi, me veux-tu faire mourirde déplaisir, et ne puis-je savoir d’où vient cette grande lan-gueur? Découvre-m’en la cause, et je te promets que je feraitoutes choses pour toi. Oui, tu n’as qu’à me dire lesujet de tatristesse; je t’assure ici, et te fais serment qu'il n'y a rien queje ne fasse pour te satisfaire ; c’est tout dire. Est-ce que tu esjalouse de quelqu'une de tes compagnes que tu voies plusbraveque toi ? et serait-il quelque étoffe nouvelle dont tu vou-lusses avoir un habit? Non. Est-ce que ta chambre ne te sem-ble pas assez parée, et que tu souhaiterais quelque cabinet(l)de la foire Saint-Laurent? Ce n’est pas cela. Aurais-tù envied’apprendre quelque chose, et veux-tu que je te donne un•maître pour te montrer à jouer du clavecin? Nenni. Aimerais-tu quelqu’un, et souhaiterais-tu d’être mariée?
(Lucinde fait signe que oui.)
SCÈNE III.
SGANARELLE, LUCINDE, LISETTE.
LISETTE.
Eh bien! Monsieur, vous venez d'entretenir votre fille:avez-vous su la cause de sa mélancolie ?
SGANARELLE.
Non. C’est une coquine qui me fait enrager.
LISETTE.
Monsieur, Iaissez-moi faire ; je m’en vais la sonder un peu.
SGANARELLE.
H n’est pas nécessaire ; et puisqu'elle veut être de cettehumeur, je suis d’avis qu’on l'y laisse.
(1) Meuble garni de tiroirs, où. les femmes enfermaient leurs bijoux.