ACTE III, SCÈNE VI. 537
cours! Tant que je ne vous ai parle que des yeux, j’avais,ce me semblait, cent choses à vous dire ; et maintenant quej'ai la liberté de vous parler de la façon que je souhaitais,je demeure interdit, et la grande joie où je suis étouffetoutes mes paroles.
LUCINDE.
Je puis vous dire la même chose; et je sens, comme vous,des mouvements de joie qui m’empêchent de pouvoir parler.
CLITANDRE.
Ah! Madame, que je serais heureux s’il était vrai que voussentissiez tout ce que je sens, et qu'il me fût permis dé jugerde votre âme par la mienne! Mais, Madame, puis-je aumoins croire que ce soit à vous à qui je doive la pensée decet heureux stratagème qui me fait jouir de votre présence?
LUCINDE.
Si vous ne m'en devez pas la pensée, vous m'êtes rede-vable au moins d'en avoir approuvé la proposition avec beau-coup de joie.
SGANARELLE, à Lisette.
11 me semble qu’il lui parle de bien près.
LISETTE, à Sganarelle.
C’est qu’il observe sa physionomie et tous les traits deson visage.
CLIT.VNDRE, à Lucimle.
Serez-vous constante, Madame, dans ces bontés que vousme témoignez ?
LUCINDE.
Mais vous, serez-vous ferme dans les résolutions que vousavez mont rées ?
CLITANDRE.
Ah! Madame, jusqu’à la mort. Je n’ai point de plus forteenvie que d’être à vous, et je vais le faire paraître dans ceque vous m’allez voir faire.
SGANARELLE, h Clitandre.
Eh bien ! notre malade ? Elle me semble un peu plus gaie.
CLITANDRE.
C’est que j’ai déjà fait agir sur elle un de ces remèdes quemon art m’enseigne. Comme l’esprit a grand empire sur lecorps, et que c'est de lui bien souvent que procèdent les ma-ladies, ma coutume est de courir à guérir les esprits avantque de venir aux corps. J'ai donc observé ses regards, lestraits de son visage, et les lignes de ses deux mains; et, parla science que le ciel m’a donnée, j’ai reconnu que c’était del’esprit qu'elle était malade, et que tout son mal ne venait