Band 
Tome I.
Seite
569
JPEG-Download
 

564

LE MISANTHROPE.

CÉLIMÈNE.

Le pauvre esprit de femme, et le sec entretien !Lorsqu’elle vient me voir, je soutire le martyre;

11 faut suer sans cesse à chercher que lui dire ;

Et la stérilité de son expression

Fait mourir à tous coups la conversation.

En vain, pour attaquer son stupide silence,

De tous les lieux communs vous prenez l'assistance,

Le beau temps et la pluie, et le froid et le chaud,

Sont des fonds qu’avec elle on épuise bientôt.Cependant sa visite, assez insupportable,

Traine en une longueur encore épouvantable;

Et l’on demande l'heure , et l'on baille vingt fois,Qu’elle grouille (t) aussi peu qu’une pièce de bois.

ACASTE.

Que vous semble d'Adraste ?

CÉLIMÈNE.

Ah! quel orgueil extrême,C’est un homme gonflé de l’amour de soi-même.

Son mérite jamais n’est content de la cour ;

Contre elle il fait métier de pester chaque jour;

Et l’on ne donne emploi, charge ni bénéfice,

Qu’à tout ce qu’il se croit on ne fasse injustice.

CL1TANDRE.

Mais le jeune Cléon, chez qui vont aujourd'huiNos plus honnêtes gens, que dites-vous de lui ?

CÉLIMÈNE.

Que de son cuisiner il s’est fait un mérite,

Et que c’est à sa table à qui l'on rend visite.

ÉLIVNTE.

II prend soin d'y servir des mets fort délicats.

CÉLIMÈNE.

Oui; mais je voudrais bien qu’il ne s’y servit pas :C’est un fort méchant plat que sa sotte personne,

Et qui gâte, à mon goût, tous les repas qu'il donne.

PHILINTE.

On fait assez de cas-de son oncle Damis;

Qu’en dites-vous, Madame ?

(1) Vieux mot qui signifia remuer. H était fort usité alors ; c'est &a moins cequ’on peut conclure du passage suivant de Ménage : ÎÎQTJ8 DISONS je ne puisme grouiller, pour dire, je ne puis me remuer. Molière l’a encore employé dansle Bourgeois gentilhomme. Il a vieilli.