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Tome I.
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ACTE II, SCÈNE V.

CÉLIMÈNE.

II est de mes amis.

RHILINTE.

Je le trouve honnête homme, et d’un air assez sage.

CÉLIMÈNE.

Oui; mais il veut avoir trop d'esprit, dont j'enrage.

Il est guindé sans cesse ; et, dans tous ses propos,

On voit qu’il se travaille à dire de bons mots.

Depuis que dans la tête il s'est mis d’être habile,

Rien ne touche son goût, tant il est difficile.

Il veut voir des défauts à tout ce qu’on écrit,

Et pensé que louer n’est pas d’un bel esprit,

Que c’est être savant que trouver à redire,

Qu’il n’appartient qu’aux sots d’admirer et de rire,

Et qu’en n’approuvant rien des ouvrages du temps,

11 se met au-dessus de tous les autres gens.

Aux conversations même il trouve à reprendre ;

Ce sont propos trop bas pour y daigner descendre ;

Et, les deux bras croisés, du haut (le son esprit,

Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.

ACASTE.

Dieu me damne ! voilà son portrait véritable.

CL1TANDRE, à Célimènc,

Pour bien peindre les gens vous êtes admirable.’

ALCESTE.

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour;

Vous n’en épargnez point, et chacun a son tour :Cependant aucun deux à vos yeux ne se montre, .

Qu’on ne vous voie en hâte aller à sa rencontre,

Lui présenter la main, et d’un baiser flatteurAppuyer les serments d'être son serviteur.

CLITANDRE.

Pourquoi s’en prendre à nous? Si ce qu’on dit vous blesse,Il faut que le reproche à madame s'adresse.

ALCESTE.

Non, morbleu ! c’est à vous ; et vos ris complaisantsTirent de son esprit tous ces traits médisants.

Son humeur satirique est sans cesse nourriePar le coupable encens de votre flatterie-,

Et son cœur à railler trouverait moins d’appas,

S’il avait observé qu’on ne l’applaudit pas.

C’est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendreDes vices où l'on voit les humains se répandre.