ACTE II, SCÈNE V. ' r ÿ7
Elle sàil que j'ai soin de les lui reprocher.
Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le Halle;
A ne rien pardonner le pur amour éclate ;
El je bannirais, moi, tous ces lâches amantsQue je verrais soumis à tous mes sentiments,
Et dont, à tout propos, les molles complaisancesDonneraient de l’encens à mes extravagances.
CÉL1MÙNE.
Enfin, s’il faut qu’à vous s’eu rapportent les cœurs,
On doit, pour bien aimer, renoncer aux douceursEt du parfait amour mettre l'honneur suprêmeA bien injurier les personnes qu'on aime.
ÉUANTE.
L’amour pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois,
Et l'on voit les amants vanter toujours leur choix.
Jamais leur passion n’y voit rien de blâmable-,
Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable ;
Ils comptent les défauts pour des perfections,
El savent y donner de favorables noms.
La pâle est au jasmin en blancheur comparable ;
La noire à faire peur, une brune adorable;
La maigre a de la taille et de la liberté;
La grasse est, dans son port, pleine de majesté,
La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée ;
La géante paraît une déesse aux yeux ;
La naine, un abrégé des merveilles des deux ;L'orgueilleuse a le cœur digue d une.couronne ;
La fourbe a de l’esprit; la solte est toute bonne;
La trop grande parleuse est d’agréable humeur;
Et la muette garde une honnête pudeur.
C’est ainsi qu’un amant, dont l'ardeur est extrême,
Aime jusqu’aux défauts des personnes qu'il aime (I).
ALCESTE.
Et moi, je soutiens, moi...
CÉLIMÈNE.
Brisons là ce discours,
Et dans la galerie allons faire deux tours.
Quoi! vous vous en allez, Messieurs?
CUTAHDHE et acaste.
Non jias, Madame.
(1) Ce morceau charmant est tout ce qui nous reste d’une traduction do Lu -crècc eu prose et eu vers, que Molière avait achevée, et dont il hrûla le ma-nuscrit.