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Tome I.
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ACTE III, SCÈNE Y.

Je 11 a dis pas qu'un jour je ne suive vos traces :

Lâge amènera tout; et ce n'est pas le temps,

Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans.

ARSINOÉ.

Certes, vous vous targuez d'un bien faible avantage,

Et vous faites sonner terriblement votre âge (1).

Ce que de plus que vous on en pourrait avoirN'est pas un si grand cas (2) pour s'en tant prévaloir;

Et je ne sais pourquoi votre âme ainsi s’emporte,

Madame, à me pousser de cette étrange sorte.

CÉLIMÈNE.

Et moi, je ne sais pas, Madame, aussi pourquoiOn vous voit en tous lieux vous déchaîner sur moi.

Faut-il de vos chagrins sans cesse à moi vous prendre?

Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vous rendre ?

Si ma personne aux gens inspire de l'amour,

Et si l'on continue à m’offrir chaque jourDes vœux que votre cœur peut souhaiter qu’on m’ôte,

Je n'y saurais que faire, et ce n'est pas ma faute;

Vous avez le champ libre, et je n’empêche pasQue, pour les attirer, vous n’ayez des appas.

ARSINOÉ.

llélas ! et croyez-vous que l'on se mette en peineDe ce nombre d amants dont vous faites la vaine,

Et qu’il ne nous soit pas fort aisé de jugerA quel prix aujourd’hui l’on peut les engager ?

Pensez-vous faire croire, à voir comme tout roule,

Que votre seul mérite attire cette foule ?

Qu’ils ne brûlent pour vous que d’un honnête amour,

Et que pour vos vertus ils vous font tous la cour ?

On ne s'aveugle point par de vaines défaites;

Le monde n’est point dupe; et j'en vois qui sont faitesA pouvoir inspirer de tendres sentiments,

Qui chez elles pourtant ne fixent point d’amants ;

Et de là nous pouvons tirer des conséquencesQu'on n'acquiert point leurs cœurs sans de grandes avances :Qu'aucun, pour nos beaux yeux, n’est notre soupirant,

(1) Cette métaphore expressive, tirée du bruit de la cloche, se trouve aussidans la Fontaine, Faire sonner son âge, c’est avertir tout le monde qu’on estjeune, comme une cloche avertit d’un grand événement.

(2) X'cst pas un si grand cas, pour dire, n’est pas une si grande chose. Cettelocution, qui se trouve dans le Dictionnaire de l’Académie, édition do 1694,n’est plus d’aucun usage. (,A.)

MOLIÈRE. — T. I. 33