ACTE IV, SCÈNE III. 589
C'est moi qui me viens plaindre, et c’est moi qu’on querelle !On pousse ma douleur et mes soupçons à bout,
On me laisse tout croire, on fait gloire de tout ;
Et cependant mon cœur est encore assez lâchePour ne pouvoir briser la chaîne qui l'attache,
Et pour ne pas s’armer d'un généreux méprisContre l’ingrat objet dont il est trop épris ! •
(a Célimène.)
Ah! que vous savez bien ici, contre moi-même,
Perlide, vous servir de ma faiblesse extrême,
Et ménager pour vous l’excès prodigieuxlie ce fatal amour né de vos traîtres yeux!
Défendez-vous au moins d'un crime qui m’accable,
Et cessez d'affecter d’être envers moi coupable.Kendez-moi, s’il se peut, ce billet innocent;
A vous prêter les mains ma tendresse consent;Efforcez-vous ici de paraître fidèle,
Et je m'efforcerai, moi, de vous croire telle.
CÉLIMÈNE.
Allez, vous êtes fou dans vos transports jaloux,
Et lie méritez pas l’amour qu’on a pour vous.
Je voudrais bien savoir qui pourrait me contraindreA descendre pour vous aux bassesses de feindre;
Et pourquoi! si mon cœur penchait d’autre coté,
Je ne le dirais pas avec sincérité.
Quoi ! de mes sentiments l’obligeante assuranceContre tous vos soupçons ne prend pas ma défense?Auprès d’un tel garant sont-ils de quelque poids?
N'est-ce pas m’outrager que d'écouter leur voix ?
Et puisque notre, cœur fait un effort extrêmeLorsqu’il peut se résoudre à confesser qu’il aime;
Puisque l'honneur du sexe, ennemi de nos feux,
S’oppose fortement à de pareils aveux ,
L’amant qui voit pour lui franchir un tel obstacleDoit-il impunément douter de cet oracle?
Et n’est-il pas coupable, en ne s'assurant pasA ce qu’on ne dit point qu’après de grands combats?
Allez, de tels soupçons méritent ma colère,
Et vous ne valez pas que l’on vous considère.
Je suis sotte, et veux mal à ma simplicitéDe conserver encor pour vous quelque bonté ;
Je devrais autre part attacher mon estime,
Et vous faire un sujet de plainte légitime.