594 LE MISANTHROPE.
Traîtres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous.
PHILINTE.
Je trouve un peu bien prompt le dessein où vous êtes;Et tout le mal n’est pas si grand que vous le faites.
Ce que votre partie ose vous imputerNa point eu le crédit de vous faire arrêter;
On voit son faux rapport lui-même se détruire,
Et c'est une action qui pourrait bien lui nuire.
ALCESTB.
Lui? de semblables tours il ne craint point l'éclat :
Il a permission d'être franc scélérat ;
Et, loin qu'à son crédit nuise cette aventure,
On l'en verra demain en meilleure posture.
PHILINTE.
Enfin, il est constant qu'on n’a point trop donnéAu bruit que contre vous sa malice a tourné ;
De ce côté déjà vous n’avez rien à craindre :
Et pour votre procès, dont vous pouvez vous plaindre,Il vous est en justice aisé d'y revenir,
El contre cet arrêt...
ALCESTE.
Non, je veux m'y tenir.Quelque sensible tort qu’un tel arrêt me fasse,
Je me garderai bien de vouloir qu’on le casse :
On y voit trop à plein le bon droit maltraité,
Et je veux qu’il demeure à la postérité
Comme une marque insigne, un fameux témoignage
De la méchanceté des hommes de notre âge.
Ce sont vingt mille francs qu’il m'en pourra coûter;Mais pour vingt mille francs j’aurai droit de pesterContre l'iniquité de la nature humaine,
Et de nourrir pour elle une immortelle haine.
PHILINTE.
Mais enfin...
ALCESTE.
Mais enfin vos soins sont superflus.Que pouvez-vous, Monsieur, me dire là-dessus?Aurez-vous bien le front de me vouloir, en face,Excuser les horreurs de tout ce qui se passe ?
PHILINTE.
Non, je tombe d’accord de tout ce qu'il vous plaît.Tout marche par cabale et par pur intérêt ;
Ce n'est plus que la ruse aujourd'hui qui l'emporte,El les hommes devraient être faits d'autre sorte,