612 LE MÉDECIN MALGRÉ LUI.
ce que les autres n'ont su faire ; et c'est là ce que nous cher-chons.
MARTINE , bas , à part.
Ali! que le ciel m’inspire une admirable invention pour mevenger démon pendard! (Haut.) Vous ne pouviez jamais vousmieux adresser pour rencontrer ce que vous cherchez, et nousavons un homme, le plus merveilleux homme du monde pourles maladies désespérées.
VALÈRE.
Eh! de grâce, où pouvons-nous le rencontrer?
MARTINE.
Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voilà,(pii s'amuse à couper du bois.
LUCAS.
Un médecin qui coupe du bois!
VALÈRE.
Qui s’amuse à cueillir des simples, voulez-vous dire?
MARTINE.
Non ; c’est un homme extraordinaire qui se plaît à cela,fantasque, bizarre, quinteux, et quevous ne prendriez jamaispour ce qu'il est. Il va vêtu d’une façon extravagante, affectequelquefois de paraître ignorant, tient sa science renfermée,et ne fuit rien tant tous les jours que d’exercer les merveil-leux talents qu’il a eus du ciel pour la médecine.
VALÈRE.
C’est une chose admirable, que tous les grands hommesont toujours du caprice, quelque petit grain de folie mêlé àleur science.
MARTINE.
La folie de celui-ci est plus grande qu’on ne peut croire, carelle va parfois jusqu'à vouloir être battu pour demeurer d’ac-cord de sa capacité; et je vous donne avis que vous n'enviendrez pasà bout, qu’il n’avouera jamais qu’il est médecin,s’il se le met en fantaisie, que vous ne preniez chacun unbâton, et ne le réduisiez, à force de coups, à vous confesser àla fin ce qu'il vous cachera d’abord. C’est ainsi que nous enusons quand nous avons besoin de lui.
VALÈRE.
Voilà une étrange folie !
MARTINE.
Il est vrai; mais, après cela, vous verrez qu’il fait desmerveilles.
VALÈRE.
Comment s'appellc-t-il?