618
ACTE I, SCÈNE V.
MARTINE.
Il s’appelle Sganarelle. Mais il est aisé à connaître. C’est unhomme qui a une large barbe noire, et qui porte une fraise,avec un habit jaune et vert.
LUCAS.
Un habit jaune et vart! C’est donc le médecin desparro-quets?
VALÈRE.
Mais est-il bien vrai qu'il soit si habile que vous le dites ?
MARTINE.
Comment ! c’est un homme qui fait des miracles. Il y a sixmois qu'une femme fut abandonnée de tous les autres méde-cins : on la tenait morte il y avait déjà six heures, et l’on sedisposait à l’ensevelir, lorsqu’on y fit venir de force l’hommedont nous parlons. Il lui mit, l’ayant vue, line petite gouttede je ne sais quoi dans la bouche; et dans le même instantelle se leva de son lit, et se mit aussitôt à se promener danssa chambre, comme si de rien n'eût été.
LUCAS.
Ah!
VALÈRE.
11 fallait que ce fût quelque goutte d’or potable.
MARTINE.
Cela pourrait bien être. Il n'v a pas trois semaines encorequ’un jeune enfant de douze ans tomba du haut du clocher enbas, et se brisa sur le pavé la tête, les bras, les jambes. Onn’v eut pas plutôt amené notre homme, qu’il le frotta partout le corps d’un certain onguent qu’il sait faire : et l’enfantaussitôt se leva sur ses pieds, et courut jouer à la fossette.
LUCAS.
Ah!
VALÈRE.
11 faut que cet liomme-là ait la médecine universelle.
MARTINE.
Qui en doute?
LUCAS.
Tétigué! v’ià justement l'homme qu’il nous faut. Allonsvite le charclier.
VALÈRE.
Nous vous remercions du plaisir que vous nous faites.
MARTINE.
Mais 60uvenez-vous bieu au moins de l’avertissement queje vous ai donné.
MOLIÈRE. — T. L 55