ACTE V, SCÈNE I.
OllGON.
Las ! que sais-je ?
CLÉANTE.
Il me semble
Que l’on doit commencer par consulter ensembleLes choses qu’on peut faire en cet événement,oncoN.
Cette cassette-là me trouble entièrement.
Plus que le reste encore, elle me désespère.
CLÉANTE.
Cette cassette est donc un important mystère?
OlifiON.
C’est un dépôt qu'Argas, cet ami que je plains,Lui-mérne en grand secret m’a mis entre les mains,Pour cela dans sa fuite il me voulut élire ;
Et ce sont des papiers, à ce qu'il m’a pu dire,
Où sa vie et ses biens se trouvent attachés.
CLÉANTE.
Pourquoi donc les avoir en d’autres mains lâchés ? .oncoN.
Ce fut par un motif de cas de conscience.
J'allai droit à mon traître en faire confidence;
Et son raisonnement me vint persuaderDe lui donner plutôt la cassette à garder,
Afin que pour nier, en cas de quelque enquête,•J'eusse d’un faux-fuyant la faveur toute prête,
Par où ma conscience eût pleine sûretéA faire des serments contre la vérité.
CLÉANTE.
Vous voilà mal, au moins si jeu crois l’apparence;
Et la donation, et celte confidence,
Sont, à vous en parler selon mon sentiment,
Des démarches par vous faites légèrement.
On peut vous mener loin avec de pareils gages ;
Et cet homme sur vous ayant ces avantages,
Le [tousser est encor grande imprudence à vous;
Et vous deviez chercher quelque biais plus doux.
OllGON.
Quoi ! sous un beau semblant de ferveur si touchanteCacher un cœur si double, une âme si méchante!
Et moi qui l'ai reçu gueusant cl n’ayant rien!...
C'en est fait, je renonce à tous les gens de bien ;•J’en aurai désormais une horreur effroyable,
Et m’en vais devenir, pour eux, pire qu’un diable.