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LE TARTUFE.
CLÉANTE.
Eh bien! ne voilà pas de vos emportements!
Vous ne gardez en rien les doux tempéraments.Dans la droite raison jamais n’entre la vôtre;
Et toujours d'un excès vous vous jetez, dans l'autre.Vous voyez votre erreur, et vous avez connuQue par un zèle feint vous étiez prévenu ;
Mais, pour vous corriger, quelle raison demandeQue vous alliez passer dans une erreur [dus grande,Et qu’avecque le coeur d’un perfide vaurienVous confondiez les cœurs de tous les gens de bien?Quoi! parce qu’un fripon vous dupe avec audace,Sous le pompeux éclat d’une austère grimace,
Vous voulez ([ne partout on soit fait comme lui,
Et qu’aucun vrai dévot 11e se trouve aujourd’hui?Laissez aux libertins ces sottes conséquences ;Démêlez la vertu d'avec ses apparences,
Ne hasardez jamais votre estime trop lût,
Et soyez pour cela dans le milieu qu’il faut.Gardez-vous, s’il se peut, d’honorer l'imposture;Mais au vrai zèle aussi n’allez pas faire injure;
Et,s’il vous faut tomber dans une extrémité,Péchez plutôt encor de cet autre côté.
SCÈNE IL
OltGON, CLÉANTE, DAM 1 S.
DAMiS.
Quoi! mon père, est-ce vrai qu’un coquin vous menace?Qu’il n’est point de bienfait qu’en son âme il n'efface,
Et que son lâche orgueil, trop digne de courroux,
Se fait de vos bontés des armes contre vous?
ORGON.
Oui, mon fils, et j'en sens des douleurs nonpareilles.
DAMIS.
Laissez-inoi, je lui veux couper les deux oreilles.
Contre son insolence on 11e doit point gauchir :
C’est à moi tout d'un coup de vous en affranchir;
Et, pour sortir d'affaire, il faut que je l'assomme.
CLÉANTE.
Voilà tout justement parler en vrai jeune homme.Modérez, s'il vous plaît, ces transports éclatants