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Tome II.
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LE TARTUFE.

La vertu dans le monde est toujours poursuivie:Les envieux mourront, mais non jamais l'envie.

ORGON.

Mais que fait ce discours aux choses d'aujourd'hui?

MADAME PERNELLE.

On vous aura forgé cent sots contes de lui.

ORGON.

Je vous ai dit déjà que j’ai vu tout moi-même.

MADAME PERNELLE.

Des esprits médisants la malice est extrême.

ORGON.

Vous me feriez damner,*ma mère. Je vous diQue j’ai vu de mes yeux un crime si hardi.

MADAME PERNELLE.

Les langues ont toujours du venin à répandre,Et rien n’est ici-bas qui s'en puisse défendre.

ORGON.

C’est tenir un propos de sens bien dépourvu.

Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu,Ce qu’on appelle vu. Faut-il vous le rebattroAux oreilles cent fois, et crier comme quatre?

MADAME PERNELLE.

Mon Dieu ! le plus souvent l'apparence déçoit :

11 ne faut pas toujours juger sur ce qu’on voit.

ORGON.

J’enrage!

MADAME PERNELLE.

Aux faux soupçons la nature est sujette,Et c’est souvent à mal que le bien s’interprète.

ORCON.

Je dois interpréter à charitable soinLe désir d’embrasser ma femme !

MADAME PERNELLE.

Il est besoin

Pour accuser les gens, d’avoir de justes causes;

Et vous deviez attendre à vous voir sûr des choses

ORGON.

Hé! diantre! le moyen de m’en assurer mieux?

Je devais donc, ma mère, attendre qu’à mes yeuxIl eût... Vous me feriez dire quelque sottise.

MADAME PERNELLE.

Enfin d’un trop pur zèle on voit son âme éprise-Et je ne puis du tout me mettre dans l'espritQu’il ait voulu tenter les choses que l’on dit.