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Tome II.
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L’AVARE.

lier la mienne à la fureur des ondes ; ces soins pleins de ten-dresse que vous me fîtes éclater après m’avoir tirée de l'eau,et les hommages assidus de cet ardent amour que ni le tempsni les diilicultés n’ont rebuté, et qui, vous faisant négligeret parents et patrie, arrête vos pas en ces lieux, y tient enma faveur votre fortune déguisée, et vous a réduit, pour mevoir, à vous revêtir de l’emploi de domestique de mon père.Tout cela fait chez moi, sans doute, un merveilleux effet;et c’en est assez, à mes yeux, pour me justifier l'engagementoù j’ai pu consentir; mais ce n’est pas assez peut-être pourle justifier aux autres, et je ne suis pas sûre qu’on entre dansmes sentiments.

VALÈRE.

De tout ce que vous avez dit, ce n’est que par mon seulamour que je prétends auprès de vousmériter quelque chose ;et quant aux scrupules que vous avez, votre père lui-mêmene prend que trop soin de vous justifier à tout le monde, etl’excès de son avarice, et la manière austère dont il vil avecses enfants, pourraient autoriser des choses plus étranges.Pardonnez-moi, charmante Élise, si j’en parle ainsi devantvous. Vous savez que, sur ce chapitre, on n’en |>cut pas direde bien. Mais enfin, si je puis, comme je l’espère, retrouvermes parents, nous n’aurons pas beaucoup de peine à nous lesrendre favorables. J’en attends des nouvelles avec impatience,et j’en irai chercher moi-même, si elles tardent à venir.

ÉLISE.

Ah! Valère, ne bougez d’ici, je vous prie, et songez seu-lement à vous bien mettre dans l’esprit de mon père.

VALÈRE.

Vous voyez comme je m’y prends, et les adroites complai-sances qu’il m’a fallu mettre en usage pour m’introduire àson service; sous quel masque de sympathie et de rapportsde sentiments je me déguise pour lui plaire, et quel person-nage je joue tous les jours avec lui, afin d’acquérir sa ten-dresse. J’y fais des progrès admirables ; et j’éprouve, que, pourgagner les hommes, il n’est point de meilleure voie que de separera leurs yeux de leurs inclinations, que de donner dansleurs maximes, encenser leurs défaut s, ets ; à ce qu'ils

font. On n’a que faire d'avoir peur de trop charger la com-plaisance ; et la manière dont on les joue a beau être visible,les [dus fins toujours sont de grandes dupes du côté de la flat-terie, et il n'y a rien de si impertinent et de si ridicule qu'onne fasse avaler, lorsqu’on l'assaisonne en louanges. La sincé-rité souffre un peu au métier (pie je fais ; mais, quand on a