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Tome II.
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J GO

L’AVARE.

HARPAGON.

Cela est étrange que mes propres enfants me trahissent,et deviennent mes ennemis.

CLÉANTE.

Est-ce être votre ennemi que de dire que vous avez du bien?

[IAHPACON.

Oui. De pareils discours, et les dépenses que vous faites,seront cause qu’un de ces jours on me viendra chez moicouper la gorge, dans la pensée que je suis tout cousu depistoles.

CLÉANTE.

Quelle grande dépense est-ce que je fais?

HARPAGON.

Quelle? Est-il rien de plus scandaleux que ce somptueuxéquipage que vous promenez parla ville? Je querellais hiervotre sœur; mais c’est encore pis. Voilà qui crie vengeanceau ciel; et, à vous prendre depuis les pieds jusqu’à la télé,il y aurait là de quoi faire une bonne constitulion. Je vousl’ai dit vingt fois, mon fds, toutes vos manières me déplai-sent forl ; vous donnez furieusement dans le marquis ; et,pour aller ainsi vêtu, il faut bien que vous me dérobiez.

CLÉANTE.

Hé! comment vous dérober?

HAIÎP VGON.

Que sais-je? Où pouvez-vous donc prendre de quoi entre-tenir l’état que vous portez?

CLÉANTE.

Moi, mon père? c’est que je joue; et, comme je suis fortheureux, je mets sur moi tout l'argent que je gagne.

HARPAGON.

C’est fort mal fait. Si vous êtes heureux au jeu, vous endevriez profiter, et mettre à honnête intérêt l’argent quevous gagnez, afin de le trouver un jour. Je voudrais biensavoir, sans parler du reste, à quoi servent tous ces rubansdont vous voilà lardé depuis les pieds jusqu'à la tète, et si unedemi-douzaine d’aiguillettes ne suffit pas pour attacher unhaut-de-chausse. Il est bien nécessaire d’employer de l'ar-gent à des perruques, lorsque l’on peut porter des cheveuxde son cru, qui ne coûtent rien! Je vais gager qu’en perru-ques et rubans il y a du moins vingt pistoles; et vingt pis-toles rapportent par année dix-huit livres six sous huit de-niers, à ne les placer qu’au denier douze (1).

(1) Un denier d’intérêt pour douze prêté*, c'est-à-dire un pou plus de huitpour cent.