188
L’AVARE.
harpagon.
Que diable! voilà pour traiter toute une ville entière,
MAÎTRE JACQUES.
Rot...
HARPAGON, mettant la main sur la bouche de maître Jacques.
/ Ah! traître, tu manges tout mon bien.
MAÎTRE JACQUES.
Entremets...
HARPAGON, mettant encore la main sur la bouche de maître Jacques.
Encore?
VALËRE , à maître Jacques.
Est-ce que vous avez envie de faire crever tout le monde?et Monsieur a-t-il invité des gens pour les assassiner à forcede mangeaille ? Allez-vous-en lire un peu les préceptes de la.santé, et demander aux médecins s'il y a rien de [dus préjudi-ciable à l'homme que de manger avee excès.
HARPAGON.
Il a raison.
VALËRE.
Apprenez, maître Jacques, vous et vos pareils, que c'est uncoupe-gorge qu'une table remplie de trop de viandes; quepour se bien montrer ami de ceux que l’on invite, il faut quela frugalité règne dans les repas qu'on donne; et que, suivantle dire d’un ancien, il faut manger pour vivre, et non pasvivre pour manger (1).
HARPAGON.
Ah ! que cela est bien dit ! Approche , que je l’embrassepour ce mot. Voilà la plus belle sentence que j'aie entenduede ma vie : Il faut vivre pour manger, et non pas mangerpour vi... Non, ce n’est pas cela. Comment est-ce que tudis?
VALÈRE.
Qu’,7 faut manger pour vivre, et non pas vivre pourmanger.
HARPAGON, h maître Jacques.
Oui ; entends-tu ? (a Valùre.) Qui est le grand homme qui adit cela?
VALÈRE.
Je ne me souviens pas maintenant de son nom.
(1) C’était une formule ancienne do santé et d’économie qu’on trouve quoi*,qudïols chez les Latins, énoncée par les seules lettres initiales de chaque motE. V. V. N. V. Y. E. : ede ut vivas, ne vivas ut edae. a Mange pour vivre,* etne vis pas pour manger. »