220 X’AVARE.
Mais voyez quelle insolence, (le vouloir retenir le vol qu’ilm'a fait !
VAI.ÈRE.
Appelez-vous cela un vol ?
HARPAGON.
Si je l’appelle un vol? un trésor comme celui-là!
VALÈRE.
C’est un trésor, il est vrai, et le plus précieux (pie vousayez, sans doute ; mais ce ne sera pas le perdre que de me lelaisser. Je vous le demande à genoux, ce trésor plein decharmes; et, pour bien faire, il faut que vous me l’accordiez.
HARPAGON.
Je n'en ferai rien. Qu’esl-ce à dire cela?
VALÈRE.
Nous nous sommes promis une foi mutuelle, et avons faitserment de ne nous point abandonner.
HARPAGON.
Le serinent est admirable, cl la promesse plaisante.
VALÈRE.
Oui, nous nous sommes engagés d’être l’un à l'autre àjamais.
HARPACON.
Je vous en empêcherai bien, je vous assure.
VALÈRE.
Rien que la mort ne nous peut séparer.
HARPAGON.
C’est être bien endiablé après mon argent !
VALÈRE.
Je vous ai déjà dit, Monsieur, que ce n’était point l’intérêtqui m’avait poussé à faire ce que j’ai fait. Mon cœur n’a pointagi par les ressorts que vous pensez, et un motif plus noblem’a inspiré celte résolution.
HARPAGON.
Vous verrez que c’est par charité chrétienne qu’il veutavoir mon bien! Mais j’y donnerai bon ordre; et la justice,pendant effronté, me va faire raison de tout.
VALÈRE.
Vous en userez comme vous voudrez, et me voilà prêt àsouffrir toutes les violences qu’il vous plaira; mais je vousprie de croire, au moins, que s’il y a (lu mal, ce n’est quemoi qu'il en faut accuser, et que votre fille, en tout ceci, n'estaucunement coupable.
HARPAGON.
Je le crois bien, vraiment! Il serait fort étrange que ma