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Tome II.
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31. DE POURCEAUGNAC.

discouru sur tous les signes, les symptômes et les causes dela maladie de Monsieur ; le raisonnement que vous en avezfait est si docte et si beau, qu’il est impossible qu’il ne soitpas fou et mélancolique hypocondriaque ; et quand il ne leseraitpas, il faudrait qu'il le devînt, pour la beautédes chosesque vous avez dites, et la justesse du raisonnement que vousavez fait. Oui, Monsieur, vous avez dépeint fort graphique-ment, graphicedepinxisti, tout ce qui appartient à celte ma-ladie. 11 ne se peut rien de plus doctement, sagement, ingé-nieusement conçu, pensé, imaginé,, que ce que vous avezprononcé au 6ujet de ce mal, soit pour la diagnose, ou laprognose, ou la thérapie (1); et il ne me reste rien ici, quede féliciter Monsieur d'être tombé entre vos mains, et de luidire qu’il est trop heureux d'être fou, pour éprouver l’efficaceet la douceur des remèdes que vous avez si judicieusementproposés. Je les approuve tous, manibus etpedibusdescendoin tuam senlentiam (2). Tout ce que j’y voudrais ajouter,c’est de faire les saignées et les purgations en nombre impair,numéro deus impare gaudet (3) ; de prendre le lait clairavant le bain ; de lui composer un fronteau (4) où il entre dusel, le sel est symbole delà sagesse ; de faire blanchir lesmu-raillesde sa chambre, pour dissiper les ténèbresde ses esprits,album est diggregativum visas (5) ; et de lui donner tout àl’heure un petit lavement, pour servir de prélude et d’intro-duction à ces judicieux remèdes, dont, s’il a à guérir, il doitrecevoir du soulagement. Fasse le ciel que ces remèdes, Mon-sieur, qui sont les vôtres, réussissent au malade, selon notreintention !

MONSIEUR DE POURCEXUGN.VC.

Messieurs, il y a une heure que je vous écoute. Est-ce quenous jouons ici une comédie?

(1) Diagnose pour diagnostique, connaissance des symptômes; prognose,jugement d’après les symptômes ; thérapie pour thérapeutique , traitement do lamaladie. ( Dictionn, de T Acad.)

(2) Dans le sénat romain, quand quelqu’un, en opinant, avait ouvert un avis,ceux qui pensaient comme lui bo rangeaient do son cité , et ceux qui étalent d’unsentiment contraire passaient du côté opposé. L’action des premiers s’exprimaitpar cette phrase, pedibus ire ou descendcre in sententiam alicujus : phrase qu’ilserait hnpossiblo de traduire littéralement en français, mais dont le sons ost àpeu près conaorvé dans l’expression figurée, te ranger à l'avis de quelqu'un. (A.)

(3) « Le nombre impair réjouit les dieux. » Demi-vers de Virgile.

(4) Ce mot so dit d’un médicament qu’on applique sur le front pour calmerles douleurs.

(5) Sentence fort en usage dans les écoles ; c’est-à-dire : Le blanc blesse la vueou la fatigue , sans doute à cause de son éclat. Cette citation à contre-sons n'ostpas un des traita les moins comiques de cette scène.