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ACTE I, SCÈNE II.
ment qui vous honore. Il n’y a rien, à mon avis, qui nouspaye mieux que cela de toutes nos fatigues; et ce sont desdouceurs exquises que des louanges éclairées.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE.
J’en demeure d’accord, et je les goûte comme vous. 11 n'ya rien assurément qui chatouille davantage que les applau-dissements que vous dites; mais cet encens ne fait pas vivre.Des louanges toutes pures ne mettent point un homme à sonaise ; il y faut mêler du solide ; et la meilleure façon de louer,c’csl de louer avec les mains. C’est un homme, à la vérité,dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à traversde toutes choses, et n’applaudit qu’à contre-sens; mais sonargent redresse les jugements de son esprit; il a du discer-nement dans sa bourse, ses louanges sont monnayées : et cebourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez,que le grand seigneur éclairé qui nous a introduit ici.
LE MAÎTRE A DANSER.
11 y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites ; maisje trouve que vous appuyez un peu trop sur l'argent ; etl’intérêt est quelque chose de si bas, qu'il ne faut jamaisqu'un honnête homme montre pour lui de rattachement.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE.
Vous recevez fort bien pourtant l’argent que noire hommevous donne.
LE MAÎTRE A DANSER.
Assurément ; mais je n’en fais pas tout mon bonheur ; etje voudrais qu’avec son bien il eût encore quelque bon goûtdes choses.
LE MAÎTRE D1Ï MUSIQUE.
Je le voudrais aussi; et c’est à quoi nous travaillons tousdeux autant que nous pouvons. Mais, en tout cas, il nousdonne moyen de nous faire connaître dans le monde; et ilPayera pour les autres ce que les autres loueront pour lui,
LE MAÎTRE A DANSER.
De voilà qui vient.
SCÈNE II.
monsieur JOURDAIN, en rôtie de chambre et en bonnet de
nuit; LE MAÎTRE DE MUSIQUE, LE MAÎTRE A DANSER, L’ÉLÈVE
DU MAÎTRE D1Ï MUSIQUE, UNE MUSICIENNE, DEUX MUSICIENS,
DANSEURS, DEUX LAQUAIS.
MONSIEUR JOURDAIN.
Eh bien, Messieurs! Qu’est-ce? Me ferez-vous voir votrePetite drôlerie?