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LA COMTESSE D'ESCARBAGNAS.
« la France est battue en ruine par la plume de cet écrivain,« et qu'il ne faut que ce bel esprit pour défaire toutes nos« troupes; et de 14 s’est jeté à corps perdu dans le raisonne-« ment du ministère, dont il remarque tous les défauts, etd'où j'ai cru qu’il ne sortirait point. A l’entendre parler, ilsait les secrets du cabinet mieux que ceux qui les font. Lapolitique de l'État lui laisse voir tous ses desseins; et elle nefait pas un pas dont il ne pénètre les intentions. Il nous ap-prend les ressorts cachés de tout ce qui se fait, nous découvreles vues de la prudence de nos voisins, et remue, à sa fantaisie,toutes les affaires de l’Europe. Ses intelligences mêmes s'é-tendent jusques en Afrique et en Asie ; et il est informé detout ce qui s’agite dans le conseil d'en-haut du Prêtre-Jean (1) et du Grand Mogol.
JULIE.
Vous parez votre excuse du mieux que vous pouvez, afinde la rendre agréable, et faire qu elle soit plus aisément reçue.
LE COMTE.
C'est IA, belle Julie, la véritable cause de mon retarde-ment; et, si je voulais y donner une excuse galante, jen’aurais qu’à vous dire que le rendez-vous que vous voulezprendre peut autoriser la paresse dont vous me querellez;que m’engager à faire l'amant de la maîtresse du logis, c’estme mettre en état de craindre de me trouver ici le premier ;que cette feinte où je me force n’élant que pour vous plaire,j’ai lieu de ne vouloir en souffrir la contrainte que devant lesyeux qui s’en divertissent; que j'évite le tête-à-tête aveccelte comtesse ridicule dont vous m’embarrassez; et, en unmot, que, ne venant ici que pour vous, j’ai toutes les raisonsdu monde d’attendre rpie vous y soyez.
JULIE.
Mous savons bien que vous ne manquerez jamais d'espritpour donner de belles couleurs aux fautes que vous pourrezfaire. Cependant, si vous étiez venu une demi-heure plus tôt,nous aurions profilé de tous ces moments ; car j’ai trouvé enarrivant que la comtesse était sortie ; et je ne doute point
(I) On appelait en France contcü d'en-haut lo conseil où se discutaient, onprésence du roi, les affaires dont le monarque voulait prendre nno connaissancepersonnelle. — On appela d abord l’râtre-Jean, un prince torture qui combattitGengls. T>es religieux envoyée auprès fli lui prétendirent qu’ils l’avaient con-verti , l'avaient nommé Jean au baptême, ot môme lui avaient conféré le sacer-doce} do là cette qualification do Prêtre-Jean, qui est dovenuo djpulu, on nomit pourquoi, cullo d’uu prlnco nègro, moitié chrétien schismatique et moitiéjuif.C'est do os dernier qu’il est quostlon ici. (A.)