516 LES FEMMES SAVANTES.
Quelque petit savant qui peut venir au monde.
ARMANDE.
Je vois que votre esprit ne peut être guériDu fol entêtement de vous faire un mari :
Mais sachons, s : il vous plaît, qui vous songez à prendreVotre visée au moins n'est pas mise à Clitandrc ?
HENRIETTE.
Et par quelle raison n'y serait-elle pas?
Manque-t-il de mérite? est-ce un choix qui soit bas?
> ARMANDE.
Non ; mais c'est un dessein qui serait malhonnête,
Que de vouloir d une autre enlever la conquête;
Et ce n'est pas un fait dans le monde ignoréQue Clitandre ait pour moi hautement soupiré.
HENRIETTE.
Oui; mais tous ces soupirs chez vous sont choses vaincsEt vous ne tombez point aux bassesses humaines ;
Votre esprit à l'hymen renonce pour toujours,
Et la philosophie a toutes vos amours.
Ainsi, n’ayant an cœur nul dessein pour Clitandre,
Que vous importe-t-il qu'on y puisse prétendre?
ARMANDE.
Cet empire que tient la raison sur les sensNe fait pas renoncer aux douceurs des encens ;
Et l'on peut pour époux refuser un mériteQue pour adorateur on veut bien à sa suite.
HENRIETTE.
Je n’ai pas empêché qu’à vos perfectionsII n’ait continué ses adorations ;
Et je n’ai fait que prendre, au refus de votre âme,
Ce qu’est venu m’offrir l’hommage de sa flamme.
AllMANIlE.
Mais à l’offre des vœux d’un amant dépitéTrouvez-vous, je vous prie, entière sûreté ?
Croyez-vous pour vos yeux sa passion bien forte,
Et qu'en son cœur pour moi toute flamme soit morte ?
HENRIETTE.
Il me l’a dit, ma sœur; et, pour moi, je le croi.
ARMANDE.
Ne soyez pas, ma sœur, d’une si bonne foi;
Et croyez, quand il (lit qu'il me quitte et vous aime,Qu’il n’y songe pas bien, et se trompe lui-même.
HENRIETTE.
Je ne sais; mais enfin, si c’est votre plaisir,