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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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DISCOURS SUR LE POEME DRAMATIQUE.

lapprend ensuite, elle nen souffrirait pas quatrevers. Quelquefois même ees discours sont néces-saires pour appuyer des sentiments dont le raison-nement ne se peut fonder sur aucune des actionsparticulières de ceux dont on parle. Ilodogune,au premier acte, ne saurait justifier la défiancequ'elle a de Cléopâtre que par le peu de sincéritéqu'il y a dordinaire dans la réconciliation desgrands après une offense signalée, parce que, de-puis le traité de paix, cette reine na rien fait quila doive rendre suspecte de cette haine quelle luiconserve dans le cœur. L'assurance que prend Mé-lisse, au quatrième acte de la Suite, du Menteur,sur les premières protestations damour que luifait Dorante, quelle na vu quune seule fois, nese peut autoriser que sur la facilité et la prompti-tude que deux amants nés lun pour lautre ont àdonner croyance à ce quils sentredisent ; et lesdouze vers qui expriment cette moralité en termesgénéraux ont tellement plu, que beaucoup de gensdesprit nont pas dédaigné den charger leur mé-moire. Vous en trouverez ici quelques autres decette nature. La seule règle quon y peut établir,cest quil les faut placer judicieusement, et surtoutles mettre en la bouche de gens qui aient lespritsans embarras, et qui ne soient point emportéspar la chaleur de laction.

La seconde utilité du poème dramatique se ren-contre en la naïve peinture des vices et des vertus,qui ne manque jamais à faire son effet quand elleest bien achevée, et que les traits en sont si recon-naissables, qu'on ne les peut confondre lun danslautre, ni prendre le vice pour la vertu. Celle-ci sefait alors toujours aimer, quoique malheureuse ;et celui se fait toujours haïr, bien que triom-phant. Les anciens se sont fort souvent contentésde cette peinture, sans se mettre en peine de fairerécompenser les bonnes actions, et punir les mau-vaises : Clytemnestre et son adultère tuent Aga-memnon impunément; Médée en fait autant de sesenfants, et Atrée de ceux de son frère Thyeste,quil lui fait manger. Il est vrai quà bien consi-dérer ces actions, quils choisissaient pour la ca-tastrophe de leurs tragédies, cétaient des crimi-nels quils faisaient punir, mais par des crimesplus grands que les leurs. Thyeste avait abusé dela femme de son frère ; mais la vengeance quil enprend a quelque chose de plus affreux que ce pre-mier crime. Jason était un perfide dabandonnerMédée, à qui il devait tout; mais massacrer sesenfants à ses yeux est quelque chose de plus. Cly-temnestre se plaignait des concubines quAga-memnon ramenait de Troie ; mais il navait pointattenté sur sa vie, comme elle fait sur la sienne ;et ces maîtres de lart ont trouvé le crime de sonfils Oreste, qui la tue pour venger son père, encoreplus grand que le sien, puisquils lui ont donnédes Furies vengeresses pour le tourmenter, et nenont point donné à sa mère, quils font jouir pai-

siblement avec son Ægisthe du royaume dun mariquelle avait assassiné.

Notre théâtre souffre difficilement de pareilssujets. Le Thyeste de Sénèque ny a pas été fortheureux: Médée y a trouvé plus de faveur; maisaussi, à le bien prendre, la perfidie de Jason et laviolence du roi de Corinthe la font paraître si in-justement opprimée, que lauditeur entre aisé-ment dans ses intérêts, et regarde sa vengeancecomme une justice quelle se fait elle-même deceux qui loppriment.

Cest cet intérêt quon aime à prendre pour lesvertueux qui a obligé den venir à cette autre ma-nière de finir le poème dramatique par la punitiondes mauvaises actions et la récompense des bonnes,qui nest pas un précepte de lart, mais un usageque nous avons embrassé, dont chacun peut se dé-partir à ses périls. 11 était dès le temps dAristote,et peut-être quil ne plaisait pas trop à ce philo-sophe, puisquil dit « quil na eu vogue que par« limbécillité du jugement des spectateurs, et que« ceux qui le pratiquent saccommodent au goût« du peuple, et écrivent selon les souhaits de leur<- auditoire. » En effet, il est certain que nous nesaurions voir un honnête homme sur notre théâtresans lui souhaiter de la prospérité, et nous fâcherde ses infortunes. Cela fait que, quand il en de-meure accablé, nous sortons avec chagrin, et rem-portons une espèce dindignation contre lauteuret les acteurs ; mais quand lévénement remplitnos souhaits, et que la vertu y est couronnée, noussortons avec pleine joie, et remportons une entièresatisfaction et de louvrage et de ceux qui lontreprésenté. Le succès heureux de la vertu, en dé-pit des traverses et des périls, nous excite à l'em-brasser, et le succès funeste du crime ou de lin-justice est capable de nous en augmenter lhorreurnaturelle, par lappréhension dun pareil malheur-

Cest en cela que consiste la troisième utilité duthéâtre, comme la quatrième en la purgation despassions par le moyen de la pitié et de la crainte-Mais, comme cette utilité est particulière 5 la tra-gédie, je mexpliquerai sur cet article au secondvolume, je traiterai de la tragédie en particulier,et passe à lexamen des parties quAristote attribueau poème dramatique. Je dis au poème dramatiqueen général, bien quen traitant cette matière il neparle que de la tragédie ; parce que tout ce qut 1en dit convient aussi à la comédie, et que la dif-férence de ces deux espèces de poèmes ne consistequen la dignité des personnages, et des actionsquils imitent, et non pas en la façon de les imiter,ni aux choses qui servent à cette imitation.

T.e poème est composé de deux sortes de parties-Les unes sont appelées parties de quantité, oUdextension ; et Aristote en nomme quatre : le pro'logue, lépisode, lexode, et le chœur. Les autresse peuvent nommer des parties intégrantes, qui sfrencontrent dans chacune de ces premières po* ir