IX
DISCOU RS SUR LE POEME DRAMATIQUE.
vrai qn’Uorace nous apprend que nous ne saurionsplaire à tout le inonde, si nous n’y mêlons l’utile ;et que les gens graves et sérieux, les vieillards etles amateurs de la vertu, s’y ennuieront s’ils n’ytrouvent rien à profiter.
Centuries seniorum agitant expertia fmgis.
Ainsi, quoique l’utile n’y entre que sous la forme
de la fortune, qui fait arriver les choses, et nonde l'art , qui les imagine. Elle est maîtresse desévénements, et le choix qu’elle nous donne de ceuxqu’elle nous présente enveloppe une secrète défensed’entreprendre sur elle, et d’en produire sur lascène qui ne soient pas de sa façon. Aussi « les an-« ciennes tragédies se sont arrêtées autour de peu« de familles, parce qu’il était arrivé à peu de fa-« milles des choses dignes de la tragédie. » Lessiècles suivants nous en ont assez fourni pour fran-chir ces homes, et ne marcher plus sur les pasdes Grecs ; mais je ne pense pas qu’ils nous aientdonné la liberté de nous écarter de leurs règles.
Il faut, s’il se peut, nous accommoder avec elles,et les amener jusqu’à nous. Le retranchement quenous avons fait des chœurs nous oblige à remplirnos poèmes de plus d'épisodes qu’ils ne faisaient-,c’est quelque chose de plus , mais qui ne doit pasaller au delà de leurs maximes, bien qu’il aille audelà de leur pratique.
Il faut donc savoir quelles sont ces règles ; maisnotre malheur est qu’Aristote, et Horace après lui,en ont écrit assez obscurément pour avoir besoind’interprètes, et que ceux qui leur eu ont vouluservir jusques ici ne les ont souvent expliqués qu'eugrammairiens ou en philosophes. Comme ils avaienti plus d’étude et de spéculation que d’expérience du3 théâtre, leur lecture nous peut rendre plus doctes,mais non pas nous donner beaucoup de lumièrese fort sûres pour y réussir.
n Je hasarderai quelque chose sur cinquante ans, s de travail pour la scène, et en dirai mes penséeslC tout simplement, sans esprit de contestation quis . m’engage à les soutenir, et sans prétendre que per-ds sonne renonce en ma faveur à celles qu’il en aura
j s conçues.
rai Ainsi ce que j’ai avancé dès l’entrée de ce dis-un cours, que la poésie dramatique a pour but, leun plaisir des spectateurs, n’est pas pour Pein-
ais porter opiniâtrement sur ceux qui pensent enno-:ïl e blir l’art, en lui donnant pour objet de profiter’en auss * bien que de plaire. Cette dispute même se-a jt ra ' t très-inutile, puisqu’il est impossible de plairees. se l°n les règles, qu’il ne s’y rencontre beaucoupait d'utilité. est vra ' qu’Aristote, dans tout son
nie 1 ra ^ e de la Poétique, n’a jamais employé ce mot
eS t une se nle fois ; qu’il attribue l’origine de la poésie
ait a . U P' a ' s,r fi ue nous prenons à voir imiter les ac-
tions des hommes -, qu’il préfère la partie du poème-jue fini regarde le sujet à celle qui regarde les mœurs,Art parce que cette première contient ce qui agrée leplus, comme les agnitions et les péripéties ; qu’ilfait entrer dans la définition de la tragédie l’agré-ment du discours dont elle est composée ; et qu’ill’estime enfin plus que le poème épique, en cequ’elle a de plus la décoration extérieure et la-ai' musique, qui délectent puissamment, et qu’étants ol ,i b'us courte et moins diffuse, le plaisir qu’on ylr a- prend est plus parfait ; mais il n’est pas moins
du délectable, il ne laisse pas d’y être nécessaire;et il vaut mieux examiner de quelle façon il y peutver sa place, que d’agiter, comme je l’ai déjàdit, une question inutile touchant l’utilité de cettesorte de poèmes. J’estime donc qu’il s’y en peut
rencontrer de quatre sortes.
La première consiste aux sentences et instruc-tions morales qu’on y peut semer presque partout :mais il en faut user sobrement, les mettre rare-ment en discours généraux, ou ne les pousserguère loin, surtout quand on fait parler un hommepassionné, ou qu’on lui fait répondre par un autre;car il ne doit avoir non plus de patience pour lesentendre que de quiétude d'esprit pour les conce-voir et les dire. Dans les délibérations d’état, oùun homme d’importance consulté par un roi s’ex-plique de sens rassis, ces sortes de discours trou-vent lieu de plus d’étendue; mais enfin il est tou-jours bon de les réduire souvent de la thèse àl’hypothèse; et j’aime mieux faire dire à un acteur,l’amour vous donne beaucoup d’inquiétudes, que,Vautour donne beaucoup d’inquiétudes aux es-prits qu’il possède.
Ce n’est pas que je voulusse entièrement ban-nir cette dernière faconde s’énoncer sur les maximesde la morale et de la politique. Tous mes poèmes
demeureraient bien estropiés, si on en retranchait
mnnm ,m couru il ne
ce que j’y en ai mêlé ; mais, encore un couples faut pas pousser loin sans les appliquer auparticulier : autrement c’est un lieu commun, quine manque jamais d’ennuyer l’auditeur, parcequ’il fait languir l’action; et, quelque heureuse-ment que réussisse eet étalage de moralités, il fauttoujours craindre que ce ne soit un de ces orne-ments ambitieux qu’Horace nous ordonne de re-trancher 1 .
J’avouerai toutefois que les discours générauxontsouventde la grâce, quand celui qui les prononceet celui qui les écoute ont tous deux l’esprit asseztranquille pour se donner raisonnablement cettepatience. Dans le quatrième acte de J félite , la joiequ’elle a d’être aimée de Tircis lui fait souffrirsans chagrin la remontrance de sa nourrice, quide son côté satisfait à cette démangeaison qu’IIo-race attribue aux vieilles gens, de faire des leçons,i elle savait que Tircis la cnitcomme elle
aux jeunes ; mais si
infidèle , et qu’il en fût au désespoir,
I. Il nous semble qu’on ne peu! donner de meilleures le-çons de goût, et raisonner avec un jugement plus solide Uest beau de voir fauteur d« Cinna et de Polyeucte creuserj ainsi les principes de fmi dont il fut lr pi v re en France, (V.)