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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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DISCOU RS SUR LE POEME DRAMATIQUE.

vrai qnUorace nous apprend que nous ne saurionsplaire à tout le inonde, si nous ny mêlons lutile ;et que les gens graves et sérieux, les vieillards etles amateurs de la vertu, sy ennuieront sils nytrouvent rien à profiter.

Centuries seniorum agitant expertia fmgis.

Ainsi, quoique lutile ny entre que sous la forme

de la fortune, qui fait arriver les choses, et nonde l'art , qui les imagine. Elle est maîtresse desévénements, et le choix quelle nous donne de ceuxquelle nous présente enveloppe une secrète défensedentreprendre sur elle, et den produire sur lascène qui ne soient pas de sa façon. Aussi « les an-« ciennes tragédies se sont arrêtées autour de peu« de familles, parce quil était arrivé à peu de fa-« milles des choses dignes de la tragédie. » Lessiècles suivants nous en ont assez fourni pour fran-chir ces homes, et ne marcher plus sur les pasdes Grecs ; mais je ne pense pas quils nous aientdonné la liberté de nous écarter de leurs règles.

Il faut, sil se peut, nous accommoder avec elles,et les amener jusquà nous. Le retranchement quenous avons fait des chœurs nous oblige à remplirnos poèmes de plus d'épisodes quils ne faisaient-,cest quelque chose de plus , mais qui ne doit pasaller au delà de leurs maximes, bien quil aille audelà de leur pratique.

Il faut donc savoir quelles sont ces règles ; maisnotre malheur est quAristote, et Horace après lui,en ont écrit assez obscurément pour avoir besoindinterprètes, et que ceux qui leur eu ont vouluservir jusques ici ne les ont souvent expliqués qu'eugrammairiens ou en philosophes. Comme ils avaienti plus détude et de spéculation que dexpérience du3 théâtre, leur lecture nous peut rendre plus doctes,mais non pas nous donner beaucoup de lumièrese fort sûres pour y réussir.

n Je hasarderai quelque chose sur cinquante ans, s de travail pour la scène, et en dirai mes penséeslC tout simplement, sans esprit de contestation quis . mengage à les soutenir, et sans prétendre que per-ds sonne renonce en ma faveur à celles quil en aura

j s conçues.

rai Ainsi ce que jai avancé dès lentrée de ce dis-un cours, que la poésie dramatique a pour but, leun plaisir des spectateurs, nest pas pour Pein-

ais porter opiniâtrement sur ceux qui pensent enno-:ïl e blir lart, en lui donnant pour objet de profiteren auss * bien que de plaire. Cette dispute même se-a jt ra ' t très-inutile, puisquil est impossible de plairees. se l°n les règles, quil ne sy rencontre beaucoupait d'utilité. est vra ' quAristote, dans tout son

nie 1 ra ^ e de la Poétique, na jamais employé ce mot

eS t une se nle fois ; quil attribue lorigine de la poésie

ait a . U P' a ' s,r fi ue nous prenons à voir imiter les ac-

tions des hommes -, quil préfère la partie du poème-jue fini regarde le sujet à celle qui regarde les mœurs,Art parce que cette première contient ce qui agrée leplus, comme les agnitions et les péripéties ; quilfait entrer dans la définition de la tragédie lagré-ment du discours dont elle est composée ; et quillestime enfin plus que le poème épique, en cequelle a de plus la décoration extérieure et la-ai' musique, qui délectent puissamment, et quétants ol ,i b'us courte et moins diffuse, le plaisir quon ylr a- prend est plus parfait ; mais il nest pas moins

du délectable, il ne laisse pas dy être nécessaire;et il vaut mieux examiner de quelle façon il y peutver sa place, que dagiter, comme je lai déjàdit, une question inutile touchant lutilité de cettesorte de poèmes. Jestime donc quil sy en peut

rencontrer de quatre sortes.

La première consiste aux sentences et instruc-tions morales quon y peut semer presque partout :mais il en faut user sobrement, les mettre rare-ment en discours généraux, ou ne les pousserguère loin, surtout quand on fait parler un hommepassionné, ou quon lui fait répondre par un autre;car il ne doit avoir non plus de patience pour lesentendre que de quiétude d'esprit pour les conce-voir et les dire. Dans les délibérations détat,un homme dimportance consulté par un roi sex-plique de sens rassis, ces sortes de discours trou-vent lieu de plus détendue; mais enfin il est tou-jours bon de les réduire souvent de la thèse àlhypothèse; et jaime mieux faire dire à un acteur,lamour vous donne beaucoup dinquiétudes, que,Vautour donne beaucoup dinquiétudes aux es-prits quil possède.

Ce nest pas que je voulusse entièrement ban-nir cette dernière faconde sénoncer sur les maximesde la morale et de la politique. Tous mes poèmes

demeureraient bien estropiés, si on en retranchait

mnnm ,m couru il ne

ce que jy en ai mêlé ; mais, encore un couples faut pas pousser loin sans les appliquer auparticulier : autrement cest un lieu commun, quine manque jamais dennuyer lauditeur, parcequil fait languir laction; et, quelque heureuse-ment que réussisse eet étalage de moralités, il fauttoujours craindre que ce ne soit un de ces orne-ments ambitieux quHorace nous ordonne de re-trancher 1 .

Javouerai toutefois que les discours générauxontsouventde la grâce, quand celui qui les prononceet celui qui les écoute ont tous deux lesprit asseztranquille pour se donner raisonnablement cettepatience. Dans le quatrième acte de J félite , la joiequelle a dêtre aimée de Tircis lui fait souffrirsans chagrin la remontrance de sa nourrice, quide son côté satisfait à cette démangeaison quIIo-race attribue aux vieilles gens, de faire des leçons,i elle savait que Tircis la cnitcomme elle

aux jeunes ; mais si

infidèle , et quil en fût au désespoir,

I. Il nous semble quon ne peu! donner de meilleures le-çons de goût, et raisonner avec un jugement plus solide Uest beau de voir fauteur d« Cinna et de Polyeucte creuserj ainsi les principes de fmi dont il fut lr pi v re en France, (V.)