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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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DISCOU US SU H LE POEME DRAMATIQUE.

il sen fâche, il menace Ptoloniée, il le veut obligerdimmoler les conseillers de cet attentat à cetillustre mort. Ce roi, surpris de cette réception, sipeu attendue, se résout à prévenir César, et con-spire contre lui, pour éviter, par sa perte, le mal-heur dont il se-voit menacé. Ce nest pas encoreassez; il faut savoir ce qui réussira de cette con-spiration. César en a lavis, et Ptoloniée, périssantdans un combat avec ses ministres, laisse Cléo-pâtre en paisible possession du royaume dont elledemandait la moitié, et César hors de péril. Lau-diteur na plus rien à demander, et sort satisfait,parce que laction est complète.

Je connais des gens desprit ', et des plus sa-vants en lart poétique, qui mimputent davoirnégligé dachever le Cul , et quelques autres demes poèmes, parce que je nv conclus pas précisé-ment le mariage des premiers acteurs, et que je neles envoie point marier au sortir du théâtre. Aquoi il est aisé de répondre que le mariage nestpoint un achèvement nécessaire pour la tragédieheureuse, ni même pour la comédie. Quant à lapremière, cest le péril dun héros qui la constitue,et lorsquil en est sorti, laction est terminée.Bien quil ait de lamour, il nest pas besoin quilparle dépouser sg maîtresse quand la bienséance11e le permet pas; et il suffit den donner lidéeaprès en avoir levé tous les empêchements, sanslui en faire déterminer le jour. Ce serait une choseinsupportable que Chimène en convînt avec Ro-drigue dès le lendemain quil a tué son père; etRodrigue serait ridicule, sil faisait la moindre dé-monstration de le désirer. Je dis la même chosedAntiochus. Il ne pourrait dire de douceurs à Ro-dogune qui ne fussent de mauvaise grâce, danslinstant que sa mère se vient dempoisonner à leursyeux, et meurt dans la rage de navoir pu les fairepérir avec elle. Pour la comédie, Aristote ne luiimpose point dautre devoir pour conclusion quede rendre amis ceux qui étaient ennemis. Cequil faut entendre un peu plus généralement queles termes ne semblent porter, et létendre à laréconciliation de toute sorte de mauvaise intelli-gence; comme quand un (ils rentre aux bonnesgrâces dun père quon a vu en colère contre luipour ses débauches, ce qui est une fin assez ordi-naire aux anciennes comédies; ou que deux amants,séparés par quelque fourbe quon leur a faite, oupar quelque pouvoir dominant, se réunissent parléclaircissement de cette fourbe, ou par le con-sentement de ceux qui y mettaient obstacle; ce

i. Ces savants en lart poétique ne paraissent passavantsdans la connaissance du cœur humain. Corneille en savaitbeaucoup plus queux. Ce qui nous paraît ici de plus extra-ordinaire, cest que, dans les premiers temps si tumultueuxde la grande répulalion du Cid y les ennemis de Corneille luireprochaient davoir marié Chiiuènc avec le meurtrier deson père le propre jour de sa mort, ce qui nétait pas vrai :au contraire la pièce huit par ce beau vers :

l faire 1<> temps, et ion roi,

qui arrive presque toujours dans les nôtres, qui nontque très-rarement une autre fin que des mariages.Nous devons toutefois prendre garde que ce con-sentement 11e vienne pas par un simple change-ment de volonté, mais par un événement qui enfournisse loccasion. Autrement il ny aurait pasgrand artifice au dénoôment dune pièce, si, aprèslavoir soutenue durant quatre actes, sur lauto-rité dun père qui napprouve point les inclinationsamoureuses de son fils ou de sa fille, il y consen-tait tout dun coup au cinquième, par cette seuleraison que cest le cinquième, et que lauteur no-serait en faire six. Il faut un effet considérablequi ly oblige, comme si lamant de sa fille lui sau-vait la vie eu quelque rencontre il fût prèsdêtre assassiné par ses ennemis; ou que, parquelque accident inespéré, il fût reconnu pourêtre de plus grande condition, et mieux dans lafortune quil 11e paraissait.

Comme il est nécessaire que laction soit com-plète, il faut aussi 11ajouter rien au delà; parceque, quand leffet est arrivé, lauditeur ne souhaiteplus rien, et sennuie de tout le reste. Ainsi lessentiments de joie quont deux amants qui sevoient réunis après de longues traverses doiventêtre bien courts ; et je ne sais pas quelle grâce aeue chez les Athéniens la contestation de Ménélaset de Teucer pour la sépulture dAjax, que So-phocle fait mourir au quatrième acte ; mais je saisbien que, de notre temps, la dispute du même Aja<et dUlysse pour les armes dAehille après sa mortlassa fort les oreilles, bien quelle partît dunebonne main. Je 11e puis déguiser même que ja*peine encore à comprendre comment on a pu souf-frir le cinquième acte de Mélite et de la Feuve-O1111y voit les premiers acteurs que réunis ensem-ble , et ils ny ont plus dintérêt quà savoir lesauteurs de la fausseté ou de la violence qui les < 1séparés. Cependant ils en pouvaient être déjà in-struits, si je leusse voulu, et semblent nêtre plussur le théâtre que pourservirde témoinsau mariag ede ceux du second ordre ; ce qui fait languir toutecette fin, ils nont point de part. Je nose attri-buer le bonheur queurent ces deux comédies slignorance des préceptes, qui était assez général®en ce temps-, dautant que ees mêmes préceptes!bien ou mal observés, doivent faire leur effetibon ou mauvais, sur ceux même qui, faute de le®savoir, sabandonnent au courant des sentiment 1naturels : mais je 11e puis que je 11avoue du moin®que la vieille habitude quon avait alors à ne vo^rien de mieux ordonné a été cause quon ne spoint indigné contre ses défauts, et que la non veauté dun genre de comédie très-agréable, equi jusque- navait point paru sur la scène,fait quon a voulu trouver belles toutes les paru®,dun corps qui plaisait à la vue, bien quil nenpas toutes ses proportions dans leur justesse.

La comédie et la tragédie se ressemblent encr»

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