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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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en ce que l'action quelles choisissent pour imiter« doit avoir une juste grandeur, cest-à-dire« quelle ne doit être , ni si petite qu'elle échappe« à la vue connue, un atome, ni si vaste quelle« confonde la mémoire de lauditeur et égare son« imagination. » Cest ainsi quAristote expliquecette condition du poème, et ajoute que « pour etrek dune juste grandeur, elle doit avoir un eom-« mencement, un milieu, et une fin. » Ces termessont si généraux, quils semblent 11e signifier rien ;mais, à les bien entendre, ils excluent les actionsmomentanées qui nont point ces trois parties.Telle est peut-être la mort de la sœur dHorace,qui se fait tout dun coup sans aucune prépara-tion dans les trois actes qui la précèdent; et jemassure que si China attendait au cinquième àconspirer contre Auguste , et quil consumât lesquatre autres en protestations damour à V.milie,ou eu jalousies contre Maxime, cette conspirationsurprenante ferait bien des révoltes dans les

esprits, à qui ces quatre premiers auraient faitattendre tout autre chose.

Il faut donc quune action, pour être dune justegrandeur, ait un commencement, un milieu, etune fin. Cinna conspire contre Auguste, et rendcompte de sa conspiration à /V.milie, voilà le com-mencement; Maxime en fait avertir Auguste,voilà le milieu ; Auguste lui pardonne, voilà lafin. Ainsi dans les comédies de ce premier vo-lume, jai presque toujours établi deux amants enbonne intelligence ; je les ai brouillés par quelquefourbe, et les ai réunis par léclaircissement decette même fourbe qui les séparait.

A ce que je viens de dire de ta juste grandeurde laction, jajoute un mot touchant celle de sareprésentation, que nous bornons dordinaire à unpeu moins de deux heures. Quelques-uns rédui-sent le nombre des vers quon y récite à quinzecents, et veulent que les pièces de théâtre ne puis-sent aller jusquà dix-huit, sans laisser un chagrincapable de faire oublier les plus belles choses. Jaiété plus heureux que leur règle ne me le permet,en ayant donné pour lordinaire deux mille auxcomédies, et un peu plus de dix-huit cents auxtragédies, sans avoir sujet de me plaindre que

mon auditoire ait montré trop de chagrin pourcette longueur.

C est assez parler du sujet de la comédie, et desconditions qui lui sont nécessaires. La vraisem-blance en est une dont je parlerai en un autrebeu ; il y a de plus, que les événements en doi-vent toujours être heureux, ce qui nest pas uneobligation de la tragédie, nous avons le choix

j. Tout ce que dit Corneille sur ce commencement, cemilieu et cetle fin, est incontestable. El la remarque de Cor-neille sur le meurlre de Camille par Horace est très-fine ; 011ne peut irop estimer la candeur et le génie dun hommeT» recherche un défaut dans un de ses ouvrages, étincelant

vs plus grandes beautés, qui trouve la cause de ce défaut, etqui lexplique. (V.)

de faire un changement de bonheur en malheur,ou de malheur en bonheur. Cela na pas besoinde commentaire. Je viens à la seconde partie dupoème, qui sont les mœurs.

Aristote leur prescrit quatre conditions : qu'ellessoient bonnes, convenables, semblables et égales.Ce sont des termes quil a si peu expliqués, quilnous laisse grand lieu de douter de ce quil veutdire.

Je 11e puis comprendre comment on a voulu en-tendre par ce mot de bonnes quil faut quellessoient vertueuses. La plupart des poèmes, tantanciens que modernes, demeureraient en un pi-toyable état, si lon en retranchait tout ce qui syrencontre de personnages méchants, ou vicieux, outachés de quelque faiblesse qui saccorde mal avecla vertu. Horace a pris soin de décrire en généralles mœurs rie chaque âge, et leur attribue plus dedéfauts que de perfections; et quand il nous pre-scrit de peindre Médée fière et indomptable, Ixionperfide, Achille emporté de colère, jusquà main-tenir que les lois 11e sont pas faites pour lui, et 11evouloir prendre droit que par les armes, il nenous donne pas de grandes vertus à exprimer. Ilfaut donc trouver une bonté compatible avec eessortes de mœurs; et sil 111est permis de dire mesconjectures sur ce quAristote nous demande par, je crois que cest le caractère brillant et élevédune habitude vertueuse ou criminelle, selonquelle est propre et convenable à la personnequon introduit. Cléopâtre, dans liodogune, esttrès-méchante; il 11y a point de parricide qui luifasse horreur, pourvu quil la puisse conserver surun trône quelle préfère à toutes choses, tant sonattachement à la domination est violent; mais tousses crimes sont accompagnés dune grandeur dâmequi a quelque chose de si haut, quen même tempsquon déteste ses actions, on admire la sourcedont elles partent. Jose dire la même chose duMenteur. 11 est hors de doute que cest une habi-tude vicieuse que de mentir ; mais il débite sesmenteries avec une telle présence desprit et tantde vivacité, que cette imperfection a bonne grâceen sa personne, et fait confesser aux spectateursque le talent de mentir ainsi est un vice dont lessots 11e sont point capables. Pour troisième exem-ple, ceux qui voudront examiner la manière dontHorace décrit la colère dAchille ne séloignerontpas de ma pensée. Klle a pour fondement un pas-sage dAristote, qui suit dassez près celui que jetâche dexpliquer. « La poésie, dit-il, est une Itabi-« tation de gens meilleurs quils 11ont été ; et« connue les peintres font souvent des portraits« flattés, qui sont plus beaux que loriginal, eta conservent toutefois la ressemblance, ainsi les» poètes, représentant des hommes colères ou fai-* néants, doivent tirer une haute idée de ees qua-lités quils leur attribuent, en sorte quil sy« trouve un bel exemplaire déquité ou de dureté ;