Buch 
Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
Seite
XVI
JPEG-Download
 

XVI

DISCOURS SUR LE POEME DRAMATIQUE.

pour la rendre belle, de la peinture, de l'architec-ture, et de la perspective Aristote prétend quecette partie, non plus que la précédente, ne re-garde pas le poète ; et comme il ne la traite point,je me dispenserai den dire plus quil ne men aappris.

Pour achever ce discours, je nai plus quà par-ler des parties de quantité, qui sont le prologue,lépisode, lexode, et le chœur. Le prologue estce qui se récite avant le premier chant du chœur ;lépisode, ce qui se récite entre les chants duchœur; et lexode, ce qui se récite après le der-nier chant du chœur. Voilà tout ce que nous endit Aristote, qui nous marque plutôt la situationde ces parties, et lordre quelles ont entre ellesdans la représentation, que la part de lactionquelles doivent contenir. Ainsi, pour les appliquerà notre usage, le prologue est notre premier acte,lépisode fait les trois suivants, et lexode le dernier.

.le dis que le prologue est ce qui se récite devantle premier chant du chœur, bien que la versionordinaire porte, devant la première entrée duchœur, ce qui nous embarrasserait fort, vu quedans beaucoup de tragédies grecques, le chœurparle le premier ; et ainsi elles manqueraient decette partie, ce quAristote neôt pas manqué deremarquer. Pour menhardir à changer ce terme,afin de lever la difficulté, jai considéré quencoreque le mot grec wâpoSi? dont se sert ici ce philo-sophe, signifie communément lentrée en un che-min ou place publique, qui était le lieu ordinaire nos anciens faisaient parler leurs acteurs, encet endroit toutefois il ne peut signifier que le pre-mier chant du chœur. Cest ce quil mapprendlui-même un peu après en disant que le mxpoîi; duchœur est la première chose que dit tout le chœurensemble. Or, quand le chœur entier disait quel-que chose, il chantait ; et quand il parlait sanschanter, il nv avait quun de ceux dont il étaitcomposé qui parlât au nom de tous. T,a raison enest que le chœur tenait alors lieu dacteur, et quece quil disait servait à laction, et devait par con-séquent être entendu ; ce qui neût pas été possible,si tous ceux qui le composaient, et qui étaient quel-quefois jusquau nombre de cinquante, eussentparlé ou chanté tous à la fois. Il faut doue rejeterce premier napoStî du chœur, qui est la borne duprologue, à la première fois quil demeurait seulsur le théâtre , et chantait ; jusque- il ny étaitintroduit que parlant avec, un acteur par une seulebouche ; ou sil y demeurait seul sans chanter, ilse séparait en deux demi-chœurs, qui ne parlaientnon plus chacun de leur côté que par un seul or-gane, afin que lauditeur pôt entendre ce quilsdisaient, et sinstruire de ce quil fallait quil ap-prît pour lintelligence de laction.

Je réduis ce prologue à notre premier acte, sui-vant lintention dAristote; et, pour suppléer enquelque façon à ce quil ne nous a pas dit, ou que

les années nous ont dérobé de son livre, je diraiquil doit contenir les semences de tout ce quidoit arriver, tant pour laction principale que pou 1 'les épisodiques ; en sorte quil nentre aucun a»"teur dans les actes suivants qui ne soit connu p» rce premier, ou du moins appelé par quelquun quiy aura été introduit 1 . Cette maxime est nouvell eet assez sévère, et je ne lai pas toujours gardée!mais jestime quelle sert beaucoup à fonder un fvéritable unité daction, par la liaison de toutescelles qui concourent dans le poème. Les ancien®sen sont fort écartés, particulièrement dans le sagnitions, pour lesquelles ils se sont presque to»"jours servis de gens qui survenaient par hasard a 11cinquième acte, etne seraient arrivés quau dixième!si la pièce eu eût eu dix. Tel est ce vieillard de Co-rinthe dans YOEdipe de Sophocle et de Sénèque'oii il semble tomber des nues par miracle, en u* 1temps les acteurs ne sauraient plus par enprendre, ni quelle posture tenir, s'il arrivait un 1 'heure plus tard. Je ne lai introduit quau cin-quième acte non plus queux ; mais jai préparé savenue dès le premier, en faisant dire à OEdip equil attend dans le jour la nouvelle de la mort d fson père. Ainsi dans la Veuve , bien que CélidaOne paraisse quau troisième, il y est amené par Al"cidon qui est du premier. Il nen est pas de rném 6des Maures dans le Cid, pour lesquels il ny a an*cune préparation au premier acte. Le plaideur d*Poitiers, dans le Menteur, avait le même défaut!mais jai trouvé le moyen dy remédier en ccfi eédition, le dénoüment se trouve préparé p» 1Philiste, et non plus par lui.

Je voudrais donc que le premier acte contînt I efondement de toutes les actions, et fermât la poi't fà tout ce quon voudrait introduire d'ailleurs da» sle reste du poème. Encore que souvent il ne don»*pas toutes les lumières nécessaires pour lentièf fintelligence du sujet, et que tous les acteurs njparaissent pas, il suffit quon y parle deux, o* 1que ceux quon y fait paraître aient besoin de l eSaller chercher pour venir à bout de leurs intention®'Ce que je dis ne se doit entendre que des perso» -nages qui agissent dans la pièce par quelque prop^intérêt considérable, ou qui apportent une nouvel^importante qui produit un notable effet. Un do-mestique qui nagit que par lordre de son maît» 6 'un confident qui reçoit le secret de son ami, et I eplaint dans son malheur ; un père qui ne se montr fque pour consentir ou contredire le mariage de s eSenfants ; une femme qui console et conseille so 1 'mari ; en un mot, tous ces gens sans action no» 1

C Celle maxime nouvelle, établie par Corneille, était t r ^ sjudicieuse. Non-seuleinenl il csl u Lite pour rinlellige ,lC .parfaite dune pièce de théâtre que lous les personneessentiels soient annoncés dès le premier acte, mais ce»sage précaution contribue à augmenter lintérêt. Le spec IJ 'leur en attend avec plus démotion lacteur qui doit servir 11 ,nu'ud, ou à le redoubler, ou à le dénouer, ne fût-il q» "j'isubalterne, llien ne fait mieux voir combien Corneille a' 11approfondi tous les secrets de son art.