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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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MÉDÉE, ACTE

•le ne fis plus (l’état de la toison dorée;

Kt, dussiez-vous vous-même en être un peu jaloux,

•l’en eus presques envie aussitôt (pie de vous.

Pour apaiser Médée et réparer sa perte,

1 .'épargne de mon père, entièrement, ouverte,

I ui met à l'abandon tous les trésors du roi,

Pourvu que cette robe et .lason soient à moi.

■IASOX.

N’en doutez point, ma reine, elle vous est acquise.

.le vais chercher Nérine, et, par son entremise,Obtenir de Médée avec dextéritéCe que refuserait son courage irrité.

Pour elle, vous savez que j’en fuis les approches ;.l’aurais peine à souffrir l’orgueil de ses reproches;

Et je me connais mal, ou dans notre entretienf'on courroux s’allumant allumerait le mien.

Je n’ai point un esprit complaisant à sa rage,Jusques à supporter sans réplique un outrage;

Et ce seraient pour moi d’éternels déplaisirsDe reculer par là l’effet de vos désirs.

Niais, sans plus de discours, d’une maison voisineJe vais prendre le temps que sortira Nérine.Souffrez, pour avancer votre contentement,

Que, malgré mon amour, jevousquitte un moment.

CUÏOXE.

Madame, j’aperçois venir le roi d’Athènes.

CREUSE.

Allez donc, votre vue augmenterait ses peines.

CI.ÉONE.

Souvenez-vous de l’air dont il le faut traiter.

CREUSE.

Ma bouche accortement saura s'en acquitter.

SCÈNE V.

.•KGÉE, GUEUSE, CI.ÉONE.

ÆGÉE.

Sur un bruit qui m’étonne,et <pie je 11epuis croire,Madame, mon amour, jaloux de votre gloire,

Vient savoir s’il est vrai (pie vous soyez d’accord,

Par un honteux hymen, de, l’arrêt de ma mort.

Votre peuple en frémit, votre cour en murmure;

Et tout Corinthe enfin s’impute à grande, injureQu’un fugitif, un traître, un meurtrier de rois,

Lui donne à l’avenir des princes et des lois;

II ne peut endurer que l’horreur de la GrècePour prix de ses forfaits épouse sa princesse,

Et qu’il faille ajouter à vos litres d’honneur,

« Femme d’un assassin et d’un empoisonneur. »

CREUSE-

Laissez agir, grand roi, la raison sur votre, âme,

Et ne 1 e chargez point des crimes de sa femme.J’épouse un malheureux, et mon père y consent,Niais prince, mais vaillant, et surtout innocent.

Non pas (pie je 11e faille en cette préférence;

De votre rang au sien je sais la différence.

II, SCÈNE V.

Mais si vous connaissez l’amour et ses ardeurs,Jamais pour son objet il ne prend les grandeurs;Avouez que son feu 11’en veut qu’à la personne,

Et. qu’en moi vous n’aimiez rien moins que ma cou-

[ vomie.

Souvent je ne sais quoi qu’on 11e peut exprimer,Nous surprend, nous emporte, et nous force d’aimer;Et souvent, sans raison, les objets de nos flammesFrappent nos yeux ensemble et saisissent nos Ames.Ainsi nous avons vu le souverain des dieux,

Au mépris de Junon, aimer en ces bas lieux;Vénus quitter son Mars et négliger sa prise,Tantôt pour Adonis, et tantôt pour Anchise;

Et c’est peut-être encore avec moins de raisonQue, bien que vous m’aimiez, je me donne à Jnson.D’abord dans mon esprit vous eûtes ce partage :

Je vous estimai plus, et l’aimai davantage.

ÆGÉE.

Gardez ces compliments pour de moins enflammés,Et. ne m’estimez point qu’autant que vous m’aimez-Que me sert cet aveu d’une erreur volontaire?

Si vous croyez faillir, qui vous force à 1 e faire?N’accusez point l’amour ni son aveuglement !Quand on connaît sa faute, on manque doublement-

CllÉUSE.

Puis donc que vous trouvez la mienne inexcusable,Je 11e veux plus, seigneur, me confesser ' ■

L’amour de mon pays et le bien de l’étatMe défendaient l'hymen d’un si grand potentat.

Il m’eût fallu soudain vous suivre en vos provinces.Et priver mes sujets de l’aspect de leurs princes-Votre sceptre pour moi n’est qu’un pompeux exil ;Que me sert son éclat? et que me donne-t-il ?M’éfève-t-il d’un rang plus haut que souveraine?Et sans le posséder ne me vois-je pas reine?Grâces aux immortels, dans ma conditionJ’ai de quoi m’assouvir de cette ambition : [trciJe neveux point changer mon sceptre contre un au*Je perdrais ma couronne en acceptant la vôtre.Corinthe est bon sujet, mais il veut voir son roi ;

Et d’un prince éloigné, rejetterait la loi.

Joignez à ces raisons qu’un père un peu sur l’âge,Dont ma seule présence adoucit le veuvage,

Ne saurait se résoudre à séparer de luiDe ses débiles ans l’espérance et l’appui,

Et vous reconnaîtrez que je ne vous préfèreQue le bien de l’état, mon pays et mon père.

Voilà ce qui m’oblige au choix d’un autre époii*'Mais, comme ces raisons font peu d’effet sur vous»A (in de redonner le repos à votre Ame,

Souffrez que je vous quitte.

ÆGÉE, seul.

Allez, allez, inadai> ,e ’Etaler vos appas et vanter vos méprisA l’infâme sorcier qui charme vos esprits.

De cette indignité faites un mauvais conte ;