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MÉDÉE, ACTE I
Riez de mon ardeur, riez de votre honte ; I
Favorisez celui de tous vos courtisansQui raillera le mieux le déclin de mes ans ;
Vous jouirez fort peu d’une telle insolence ;
Mon autour outragé court à la violence ;
Mes vaisseaux à la rade, assez proches du port,
N’ont que trop de soldats à faire un coup d’effort.
La jeunesse me manque, et non pas le courage :
Les rois ne perdent point les forces avec l’âge ; |
Et Von verra, peut-être avant ce jour fini,
Ma passion vengée, et votre orgueil puni.
ACTE TROISIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
NI'MINE.
Malheureux instrument du malheur qui nous presse ,Que j’ai pitié, de toi, déplorable princesse !
Avant que le soleil ait fait encore un tour,
Ta perte inévitable achève ton amour.
Ton destin te trahit, et ta beauté fataleSous l’appât d’un hymen t’expose à ta rivale ;
Ton sceptre est impuissant à vaincre son effort •,
Et le jour de sa fuite est celui de ta mort.
Sa vengeance à la main elle n’a qu’à résoudre,
Lin mot du haut des deux fait descendre le foudre ;Les mers, pour noyer tout, n’attendentquesaloi;La terre offre à s’ouvrir sous le palais du roi ;
L’air tient les vents tout prêts à suivre sa colère,Tant, la nature esclave a peur de lui déplaire ;
Et, si ce n’est assez de tous les éléments,
Les enfers vont sortir à ses commandements.
Moi, Lien que mon devoir m’attache à son service,•Te lui prête à regret un silence complice;
D’un louable désir mon cœur sollicitéLui ferait avec joie, une infidélité :
Mais, loin de s’arrêter, sa rage découverte,
A celle de Creuse ajouterait ma perte ;
Et mon funeste avis ne servirait de rienQu’ à confondre mon sang dans les bouillons du sien.l' on mouvement contraire à celui de mon âme,I-a crainte de la mort m’ôte celle du blâme ;
Et ma timidité s’efforce d’avancerCe que hors du péril je voudrais traverser.
SCÈNE II.
JASON, NÉIÜNK.
JASON.
Aérine, eh bien, que dit, que fait notre exilée?
I, SCÈNE IL
ians ton cher entretien s’est-elle consolée?eut-elle bien céder à la nécessité?
N ÉUINE.
Je trouve en son chagrin moins d’animosité ;
De moment en moment son âme plus humaineAbaisse sa colère, et rabat de, sa haine :
Déjà son déplaisir ne vous veut plus de mal.
JASO.V.
Fais-lui prendre pour tous un sentiment égal.
Toi, qui de mon amour connaissais la tendresse,
Tu peux connaître aussi quelle douleur me presse.
.Te me sens déchirer le cœur à son départ :
Creuse eu ses malheurs prend même quelque part,Ses pleurs en ont coulé ; Créon même en soupire,Lui préfère à regret le bien de son empire ;
Et si, dans son adieu, son cœur moins irritéEn voulait mériter la libéralité ;
Si jusque-là Médée apaisait ses menaces,
Qu’elle eût soin de partir avec ses bonnes grâces ;
Je sais (comme il est bon) que ses trésors ouvertsLui seraient, sans réserve, entièrement offerts,
Et, malgré les malheurs où le sort l’a réduite,Soulageraient sa peine et soutiendraient sa fuite.
NÉlUNE.
Puisqu’il faut se résoudre à ce bannissement,
11 faut en adoucir le mécontentement.
Cette offre y peut servir; et par elle j’espère,
Avec un peu d’adresse, apaiser sa colère ;
Mais, d’ailleurs, toutefois n’attendez rien de moi,S’il faut prendre congé de Creuse et du roi ;
L’objet de votre amour et de sa jalousieDe toutes ses fureurs l’aurait tôt ressaisie.
JASON.
Pour montrer sans les voir son courage apaisé,
Je te dirai, Nérine, un moyen fort aisé.;
Et de si longue main je connais ta prudence,
Que je t'en fais sans peine entière confidence.
Créon bannit Médée, et ses ordres précisDans son bannissement enveloppaient ses [ils :
La pitié de Creuse a tant fait vers son père,
Qu’ils n’auront point de part au malheur de leurElle lui doit par eux quelque remercîment ; [mère.Qu’un présent de sa part suive leur compliment ;Sa robe, dont l’éclat sied mal à sa fortune,
Et n’est à son exil qu’une charge importune,
T.ni gagnerait le cœur d'un prince libéral,
Et de tous ses trésors l’abandon général.
D’une vaine parure, inutile à sa peine,
Elle peut acquérir de quoi faire la reine :
Creuse, ou je me trompe, en a quelque désir,
Et je ne pense pas qu’elle pût mieux choisir.Mais la voici qui sort ; souffre que je 1 évite :
L Ma rencontre la trouble, et mon aspect l’irrite.