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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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CINNA, ACTE

y, SCÈNE ut.

CINNA..

Que vous m’ayez séduit, et que je souffre encored’être déshonoré par celle que j’adore !

Seigneur, la vérité doit ici s’exprimer :

J avais fait ce dessein avant que de l’aimer;

A mes plus saints désirs la trouvant inflexible,

•le crus qu’à d’autres soins elle serait sensible ;

J® parlai de son père et de votre rigueur,

At l'offre de mon bras suivit celle du cœur.

Que la vengeance est douce à l’esprit d’une femme!

l’attaquai par là, par là je pris son âme ;

^ans mon peu de mérite elle me négligeait,

At ne put négliger le bras qui la vengeait :kOe n’a conspiré que par mon artifice;

^ e n suis le seul auteur, elle n’est que complice.

ÆMILIE.

^■nna, qu’oses-tu dire? est-ce là me chérir,

Que de m’ôter l’honneur quand il me faut mourir?

CINNA.

Courez, mais en mourant ne souillez point maæmilie. [gloire,

mienne se flétrit, si César te veut croire.

CINNA.

At la mienne se perd, si vous tirez à vous"Q J ute celle qui suit de si généreux coups.

ÆMILIE.

m bien ! prends-en ta part, et me laisse la mienne ;serait l’affaiblir que d’affaiblir la tienne :gloire et le plaisir, la honte et les tourments,0,| t doit être commun entre de vrais amants.Aos deux âmes, seigneur, sont deux âmes romai-* J uissant nos désirs, nous unîmes nos haines ; [nés ;

e uos parents perdus le vif ressentimentAousj

Îji

1 apprit nos devoirs en un même moment ;

ce noble dessein nos cœurs se rencontrèrent ;j, esprits généreux ensemble le formèrent ;

A o s (

^'semble nous cherchons l’honneur d’un beau tré-° u s vouliez nous unir, ne nous séparez pas. [pas :

„ AUGUSTE.

|,"b je vous unirai, couple ingrat et perfide,

Plus mon ennemi qu’Antoine ni I.épide;u ui, ’

lift,

Je vous unirai, puisque vous le voulez :mt bien satisfaire aux feux dont vous brûlez ;^/fue tout l’univers, sachant ce qui m’anime,et °nne du supplice aussi bien que du crime.

SCÈNE III.

AUGUSTE, L1VIE , CINNA, MAXIME,ÆMILIE, FULVIE.

_ AUGUSTE.

en l’ n le ciel m’aime, et ses bienfaits nouveauxarraché Maxime à la fureur des eaux.

Proche, seul ami que j’éprouve lidèle.

MAXIME.

Honorez moins, seigneur, une âme criminelle.

AUGUSTE.

Ne parlons plus de crime après ton repentir,

Après que du péril tu m’as su garantir ;

C’est à toi que je dois et le jour et l’empire.

MAXIME.

De tous vos ennemis connaissez mieux le pire :

Si vous régnez encor, seigneur, si vous vivez,

C’est ma jalouse rage à qui vous le devez.

Un vertueux remords n’a point touché mon Ame ;Pour perdre mon rival, j’ai découvert sa trame ;Euphorbe vous a feint que je m’étais noyéDe crainte qu’après moi vous n’eussiez envoyé :

Je voulais avoir lieu d’abuser Æmilie,

Effrayer son esprit, la tirer d’Italie,

Et pensais la résoudre à cet enlèvementSous l’espoir du retour pour venger son amant ;Mais, au lieu de goûter ces grossières amorces,

Sa vertu combattue a redoublé ses forces,

Elle a lu dans mon cœur; vous savez le surplus,Et je vous en ferais des récits superflus.

Vous voyez le succès de mon lâche artifice :

Si pourtant quelque grâce est due à mon indice,Faites périr Euphorbe au milieu des tourments,

Et souffrez que je meure aux yeux de ces amants.J’ai trahi mon ami, ma maîtresse, mon maître,

Ma gloire, mon pays, par l’avis de ce traître ;

Et croirai toutefois mon bonheur infini,

Si je puis m’en punir après l’avoir puni.

AUGUSTE.

En est-ce assez, ô ciel ! et le sort, pour me nuire,A-t-il quelqu’un des miens qu’il veuille encor sédui-Qu’il joigne à ses efforts le secours des enfers ; [re?Je suis maître de moi comme de l’univers;

Je le suis, je veux l’être. O siècles! ô mémoire !Conservez à jamais ma dernière victoire;

Je triomphe aujourd’hui du plus juste courrouxDe qui le souvenir puisse aller jusqu’à vous.

Soyons amis, Cinna, c’est moi qui t’en convieComme à mon ennemi je t’ai donné la vie,

Et, malgré la fureur de ton lâche dessein,

Je te la donne encor comme à mon assassin.Commençons un combat qui montre par l’issueQui l’aura mieux de nous ou donnée ou reçue.

Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler ;

Je t'en avais comblé, je t’en veux accabler :

Avec cette beauté que je t'avais donnée,

Reçois le consulat pour la prochaine année.

Aime Cinna, ma fille, en cet illustre rang,Préfères-en la pourpre à celle de mon sang ;Apprends sur mon exemple à vaincre ta colère :

Te rendant un époux, je te rends plus qu’un père.

I. Ce que dit Auguste est admirable; c’est là ce qui filverser des larmes au grand Condé, larmes qui n’appartien-nenl qu'à de belles âmes.