Buch 
Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
Seite
104
JPEG-Download
 

10 V-

CtNNA, ACTE V, SCÈNE lit.

ÆMILIE.

Et je me rends, seigneur, à ces hautes bontés ;

Je recouvre la vue auprès de leurs clartés :

Je connais mon forfait qui me semblait justice ;

Et (ce que n’avait pu la terreur du supplice)

Je sens naître en mon dîne un repentir puissant,Et mon cœur en secret me dit qu’il y consent.

Le ciel a résolu votre grandeur suprême ; [même ;Et pour preuve, seigneur, je n’en veux que moi-J’ose avec vanité me donner cet éclat,

Puisqu’il change mon cœur, qu’il veut changer l’é-Ma haine va mourir, que j’ai crue immortelle; [tat.Elle est morte, et ce cœur devient sujet fidèle ;

Et prenant désormais cette haine en horreur,L’ardeur de vous servir succède à sa fureur.

CIIVNA.

Seigneur, que vous dirai-je après que nos offensesAu lieu de châtiments trouvent des récompenses ?O vertu sans exemple ! ô clémence, qui rendVotre pouvoir plus juste, et mon crime plus grand !

AUGUSTE.

Cesse d’en retarder un oubli magnanime ;

Et tous deux avec moi faites grâce à Maxime :

Il nous a trahis tous; mais ce qu'il a commisVous conserve innocents, et me rend mes amis.

(A Maiimc.)

Reprends auprès de moi ta place accoutumée ;Rentre dans ton crédit et dans ta renommée;Qu’Euphorbe de tous trois ait sa grâce à son tour ;Et que demain l’hymen couronne leur amour.

Si tu l’aimes encor, ce sera ton supplice.

MAXIME.

Je n’eu murmure point, il a trop de justice;

Et je suis plus confus, seigneur, de vos bontésQue je ne suis jaloux du bien que vous in’ôtez.

CINNA.

Souffrez que ma vertu dans mon cœur rappelée

Vous consacre une foi lâchement violée,

Mais si ferme à présent, si loin de chanceler,

Que la chute du ciel ne pourrait l’ébranler.

Puisse le grand moteur des belles destinées,

Pour prolonger vos jours, retrancher nos années;Et moi, par un bonheur dont chacun soit jaloux,Perdre pour vous cent fois ce que je tiens de vous !

LIV1E.

Ce n’est pas tout, seigneur ; une céleste flammeD’un rayon prophétique illumine mon âme.

Oyez ce que les dieux vous font savoir par moi ;

De votre heureux destin c’est l’immuable loi.

Après cette action vous n’avez rien à craindre ;

On portera le joug désormais sans se plaindre;

Et les plus indomptés renversant leurs projets,Mettront toute leur gloire à mourir vos sujets ;Aucun lâche dessein, aucune ingrate envieN’attaquera le cours d’une si belle vie ;

Jamais plus d’assassins, ni de conspirateurs :

Vous avez trouvé l'art d'être maître des cœurs.Rome, avec une joie et sensible et profonde,

Se démet en vos mains de l’empire du monde ;

Vos royales vertus lui vont trop enseignerQue son bonheur consiste à vous faire régner :D’une si longue erreur pleinement affranchie,

Elle n’a plus de vœux que pour la monarchie,

Vous prépare déjà des temples, des autels,

Et le ciel une place entre les immortels ;

Et la postérité, dans toutes les provinces,

Donnera votre exemple aux plus généreux princes-'S

AUGUSTE.

J’en accepte l’augure, et j’ose l’espérer :

Ainsi toujours les dieux vous daignent inspirer 1^Qu’on redouble demain les heureux sacrificesQue nous leur offrirons sous de meilleurs auspices^Et que vos conjurés entendent publier ji

Qu’Auguste a tout appris et veut tout oublier. jS

l>

IM N n E Cl.N NA.