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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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PO L Y EU GTE, ACEt fit tourner le sort des Perses aux Romains?

Eni, qu’entre tant de morts immolés à son maître,Ou ne put rencontrer, ou du moins reconnaître;

^ qui I)écie enfin, pour des exploits si beaux,

^tt si pompeusement dresser de vains tombeaux!

PAULINE.

ïlélas! c’était lui-même, et jamais notre Rome

Eut

a produit plus grand cœur, ni vu plus honnête

•>e p

Ma!

,5 que tu le connais,je ne t’en dirai rien, [homme.

a >mai, Stratonice; il le méritait bien.

'•sis que sert le mérite où manque la fortune ?

‘ un était grand en lui, l’autre faible et commune ;frop invincible obstacle, et dont trop rarementJrioinphe auprès d’un père un vertueux amant!

STRATONICE.

a digne occasion d’une rare constance !

Di

PAULINE.

. Is plutôt d’une indigne et folle résistance.Quelque fruit qu’une fille en puisse recueillir,e n’est une vertu que pour qui veut faillir.

Parmi ce grand amour que j’avais pour Sévère,attendais un époux de la main de mon père;toujours prête à le prendre; et jamais ma raisonavoua de mes yeux l’aimable trahison :

1 Possédait mon cœur, mes désirs, ma pensée ;e He lui cachais point combien j’étais blessée ;

° us soupirions ensemble, et pleurions nos mal-

Mai

[heurs ;

ls au lieu d’espérance il n’avait que des pleurs ;

malgré des soupirs si doux, si favorables,

j,°n père et mon devoir étaient inexorables.

^nfin je quittai Rome et ce parfait amant,

I ° Ur suivre ici mon père en son gouvernement ;

^ E'i, désespéré, s'en alla dans l’armée

l' ' erc her d’un beau trépas l’illustre renommée.

re ste, tu le sais. Mon abord en ces lieux

j, e E't voir Polyeucte, et je plus à ses yeux ;

c °nime il est ici le chef de la noblesse,

j, ° n Pore fut ravi qu'il me prît pour maîtresse,

^ Par son alliance il se crut assuré

jj etre Plus redoutable et plus considéré ;

.,''['Prouva sa flamme, et conclut l’hyménée;

m mr

J e do:îî

s i tuùunt

1110 G nomme à son lit je me vis destinée,

°ut ce

nnai par devoir à son affectionque l’autre avait par inclination.

Uom fi 6UX en douter, juge-le par la crainte

e n ce triste jour tu me vois l’âme atteinte.

Jrjj STRATONICE.

^lais a ' 1 assez voir à quel point vous l’aimez.

quel songe, après tout, tient vos sens alarmés ?

Je p

I

ai vu

PAULINE.

cette nuit ce malheureux Sévère,

ll' u '? n 8eance à la main, l’œil ardent de colère :Qu- etait Point couvert de ces tristes lambeauxfl désolée emporte des tombeaux ;

1 «tait

Point percé de ces coups pleins de gloire

TE I, SCÈNE IV. 111

Qui, retranchant sa vie, assurent sa mémoire;

Il semblait triomphant, et tel que sur son charVictorieux dans Rome entre notre César.

Après un peu d’effroi que m’a donné sa vue,

« Porte à qui tu voudras la faveur qui m’est due,

« Ingrate, m’a-t-il dit ; et, ce jour expiré,

« Pleure à loisir l’époux que tu m’as préféré. »

A ces mots j’ai frémi, mon âme s’est troublée :Ensuite des chrétiens une impie assemblée,

Pour avancer l’effet de ce discours fatal,

A jeté Polyeucte aux pieds de son rival.

Soudain à son secours j’ai réclamé mon père;llélas! c’est de tout point ce qui me désespère,J’ai vu mon père même, un poignard à la main,Entrer le bras levé pour lui percer le sein :

Là, ma douleur trop forte a brouillé ces images;

Le sang de Polyeucte a satisfait leurs rages.

Je ne sais ni comment ni quand ils l’ont tué,

Mais je sais qu’à sa mort tous ont contribué.

Voilà quel est mon songe.

STRATONICE.

Il est vrai qu’il est triste,[Mais il faut que votre âme à ces frayeurs' résiste :La vision, de soi, peut faire quelque horreur,

Mais non pas vous donner une juste terreur, [un pèrePouvez-vous craindre un mort, pouvez-vous craindreQui chérit votre époux, que votre époux révère,

Et dont le juste choix vous a donnée à luiPour s’en faire en ces lieux un ferme et sûr appui ?

PAULINE.

Il m’en a dit autant, et rit de mes alarmes ;

Mais je crains des chrétiens les complots et les char-Et que sur mon époux leur troupeau ramassé [mes,Ne venge tant de sang que mon père a versé.

STRATONICE.

Leur secte est insensée, impie, et sacrilège,

Et dans son sacrifice use de sortilège;

Mais sa fureur ne va qu’à briser nos autels ;

Elle n’en veut qu’aux dieux, et non pas aux mortels.Quelque sévérité que sur eux on déploie,

Ils souffrent sans murmure, et meurent avec joie ;Et, depuis qu’on les traite en criminels d’état,

On ne peut les charger d’aucun assassinat.

PAULINE.

Tais-toi, mon père vient.

SCÈNE IV.

FÉLIX, ALBIN, PAULINE, STRATONICE.

FELIX.

Ma fille, que ton songeEn d’étranges frayeurs ainsi que toi me plonge !Que j’en crains les effets, qui semblent s’approcher !

PAULINE.

Quelle subite alarme ainsi vous peut toucher?