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POMPEE, ACTE V, SCÈNE T.
T-a tète qu’il menace en doit être frappée :
J’ai pu donner la tienne au lieu d’elle à Pompée;Ma haine avait le choix ; mais cette haine enfinSépare son vainqueur d’avec son assassin.
Et ne croit avoir droit de punir ta victoireQu’après le châtiment d’une action si noire.
Rome le veut ainsi; son adorable frontAurait de quoi rougir d’un trop honteux affront,De voir en même jour, après tant de conquêtes,Sous un indigne fer ses deux plus nobles têtes.
Son grand cœur, qu’à teslois en vain tu crois soumis,En veut aux criminels [dus qu’à ses ennemis,
Et tiendrait à malheur le bien de se voir libre,
Si l’attentat du Nil affranchissait le Tibre.
Comme autre qu’un Romain n’a pu l’assujettir,Autre aussi qu’un Romain ne l’en doit garantir.Tu tomberais ici sans être sa victime ;
Au lieu d’un châtiment ta mort serait un crime ;Et sans que tes pareils en conçussent d’effroi,L’exemple que tu dois périrait avec toi.
Venge-la de l’Égypte à son appui fatale,
Et je la vengerai, si je puis, de Pharsale.Va,neperdspointdetemps, il presse. Adieu : tu peuxTe vanter qu’une fois j’ai fait pour toi des vœux.
SCÈNE Y.
CÉSAR, CLÉOPÂTRE, ANTOINE, LÉPIDE,ACHORÉE, CIIARMION.
césar.
Son courage m’étonne autant que leur audace.Reine, voyez pour qui vous me demandiez grâce!
CLF.O PATRE.
.Te n’ai rien à vous dire : allez, seigneur, allezVenger sur ces méchants tant de droits violés.
On m’en veut plus qu’à vous : c’est ma mort qu’ils res-
[pireut,
C’est contre mon pouvoirque les traîtres conspirent;Leur rage, pour l’abattre, attaque mon soutien,
Et par votre trépas cherche un passage au mien.Mais, parmi ces transports d’une juste colère,
Je ne puis oublier que leur chef est mon frère.
Le saurez-vous, seigneur? et pourrai-je obtenirQue ce cœur irrité daigne s’en souvenir?
CÉSAR.
Oui, je tne souviendrai que ce cœur magnanimeAu bonheur de son sang veut pardonner son crime.Adieu, ne craignez rien : Achillas et PhotinNe sont pas gens à vaincre un si puissant destin ;Pour les mettre en déroute, eux, et tousleurscompli-Je n’ai qu’à déployer l’appareil des supplices, [ces,Et, pour soldats choisis, envoyer des bourreauxQui portent hautement mes haches pour drapeaux.
(Ct-sar rentre avec les Romains.)
CLÉOPÂTRE.
Ne quittez pas César; allez, cher Achorée,Repousser avec lui ma mort qu’on a jurée;
Et quand il punira nos lâches ennemis,
Faites-le souvenir de ce qu’il m’a promis.
Ayez l’œil sur le roi dans la chaleur des armes,
Et conservez son sang pour épargner mes larmes-ACHORÉE.
Madame, assurez-vous qu'il ne peut y périr,
Si mou zèle et mes soins peuvent le secourir.
ACTE CINQUIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
CORNKLIL, tenant une petite urne en sa main ;
PHILIPPE.
gobnklie. [songe
Mes yeux, puis-je vous croire, et n’est-ce pointu”Qui sur mes tristes vœux a formé ce mensonge?Te revois-je, Philippe, et cet époux si cherA-t-il reçu de toi les honneurs du bûcher?
Cette urne que je tiens contient-elle sa cendre?
O vous, à ma douleur objet terrible et tendre,Eternel entretien de haine et de pitié,
Reste du grand Pompée, écoutez sa moitié.N’attendez point de moi de regrets, ni de larmestUn grand cœur à ses maux applique d’autres char'Les faibles déplaisirs s’amusent à parler, [” ,eS 'Et quiconque se plaint cherche à se consoler.
Moi, je jure des dieux la puissance suprême,
Et, pour dire encor plus, je jure par vous-niêm e >Car vous pouvez bien plus sur un cœur affligéQue le respect des dieux qui l’ont mal protégé '■
Je jure donc par vous, ô pitoyable reste,
Ma divinité seule après ce coup funeste,
Par vous, qui seul ici pouvez me soulager,
De n’éteindre jamais l’ardeur de le venger.Ptolomée à César, par un lâche artifice,
Rome, de ton Pompée a fait un sacrifice ;
Et je n’entrerai point dans tes murs désolés,
Que le prêtre et le dieu ne lui soient immolés,i Faites-m’en souvenir, et soutenez ma haine,
O cendres, mon espoir aussi bien que ma peu'”’Et, pour m’aider un jour à perdre son vainq 11 ” 1 "’Versez dans tous les cœurs ce que ressent mon cm” 1Toi qui l’as honoré sur cette infâme riveD’une flamme pieuse autant comme chétive,Dis-moi, quel bon démon a mis en ton pouvoirDe rendre à ce héros ce funèbre devoir?