POMPÉE, ACTE V, SCÈNE II.
loi
PHILIPPE.
Tout couvert de son sang, et plus mort que lui-même,Après avoir cent fois maudit le diadème,
Madame, j’ai porté mes pas et mes sanglotscôté que le vent poussait encor les Ilots.
cours longtemps en vain ; mais enfin d’une rocheJ en découvre le tronc vers un sable assez proche,°ù la vague en courroux semblait prendre plaisirA feindre de le rendre, et puis s’en ressaisir,le m’y jette, et l’embrasse, et le pousse au rivage ;
Et
l'amassant sous lui le débris d’un naufrage,
lui dresse un bûcher à la hôte et sans art,
Tel
que je pus sur l’heure, et qu’il plut au hasard.
Peine brillait-il que le ciel plus propiceenvoie un compagnon en ce pieux office :
~°rdus, un vieux Romain qui demeure en ces lieux,retournant de la ville, y détourne les yeux;
n’y voyant qu’un tronc dont la tête est coupée,A nette triste marque il reconnaît Pompée.
°udain, la larme à l’œil : « O toi, qui que tu sois,' A qui le ciel permet de si dignes emplois,
" Ton sort est bien, dit-il, autre que tu ne penses ;<l Tu crains des châtiments, attends des récompen-' l j< ‘ s ar est en Égypte, et venge hautement [ses.' *" e lui pour qui ton zèle a tant de sentiment, [dre,' Tu peux faire éclater les soins qu’on t’en voit pren ■' peux même à sa veuve en reporter la cendre.S°n vainqueur l’a reçue avec tout le respect* Q u ’un dieu pourrait ici trouver à son aspect.^Achève, je reviens. » II part et m’abandonne,
OùCes
, apporte aussitôt ce vase qu’il me donne,S:i main et la mienne enfin ont renfermé
restes d’un héros par le feu consumé.
co U NT. 1,1 F..
f P'e sa piété mérite de louanges!
PHI LIPPE.
j! u entrant j’ai trouvé des désordres étranges.
dl 'u fui r l( >ut un peuple en foule vers le port,j " le roi, disait-on, s’était fait le plus fort.
Romains poursuivaient ; et César, dans la place^ Uls selante du sang de cette populace,
°utrait de sa justice un exemple assez beau,^ 1Sa "t passer Photin par les mains d’un bourreau.Kt ssitcît qu’il nie voit, il daigne me connaître;
Prenant de ma main les cendres de mon maître :« f n SteS ^Tin demi-dieu, dont à peine je puis„ |' 6 ^ e r le grand nom, tout vainqueur que jeu suis,11 At V ° S traîtres, dit-il, voyez punir les crimes :
« ]>■ eilc * a,lt des autels, recevez ces victimes;
„ d’autres vont les suivre. Ettoi, cours au palais
„ p Q lter a sa moitié ce don que je lui fais;
,, j ( ^ r | e à ses déplaisirs cette faible allégeance,
Ce „ & ' lui ( l ue J e cours achever sa vengeance. »Tt ha' 31 ' 11,101inile à ces mots me quitte en soupirant,lse avec respect ce vase qu’il me rend.
CORNÉLIE.
O soupirs, ô respect! ô qu'il est doux de plaindreLe sort d’un ennemi quand il n’est plus à craindre !Qu’avec chaleur, Philippe, on court à le vengerLorsqu’on s’y voit forcé par son propre danger,
Et quand cet intérêt qu’on prend pour sa mémoireFait notre sûreté comme il croît notre gloire!César est généreux, j’en veux être d'accord ;liais le roi le veut perdre, et son rival est mort.
Sa vertu laisse lieu de douter à l'envieDe ce qu’elle ferait s’il le voyait en vie:
Pour grand qu’en soit le prix, son péril en rabat;Cette ombre qui la couvre en affaiblit l’éclat.;L’amour même s’y mêle, et le force à combattre :Quand il venge Pompée, il défend Cléopâtre.
Tant d’intérêts sont joints à ceux de mon époux,Que je ne devrais rien à ce qu’il fait pour nous,
Si comme par soi-même un grand cœur juge un aut r e,Je n’aimais mieux juger sa vertu par la nôtre,
Et croire que nous seuls armons ce combattant,Parce qu'au point qu’il est j’en voudrais faire autant.
SCÈNE 11.
CLÉOPÂTRE, CORNÉLIE, PHILIPPE,CHARMION.
CLEOPATRE.
Je ne viens pas ici pour troubler une plainteTrop juste à la douleur dont vous êtes atteinte ;
Je viens pour rendre hommageaux cendres d’un hé-Qu’un fidèle affranchi vient d’arracher aux Ilots, [rosPour le plaindre avec vous, et vous jurer, madame,Que j’aurais conservé ce maître de votre âme,
Si le ciel, qui vous traite avec trop de rigueur,M’en eut donné la force aussi bien que le cœur.
Si pourtant, à l’aspect de ce qu’il vous renvoie,Vos douleurs laissaient place à quelque peu de joie ;Si la vengeance avait de quoi vous soulager,
Je vous dirais aussi qu’on vient de vous venger,Que le traître Photin... Vous le savez peut-être ?CORNÉLIE.
Oui, princesse, je sais qu’on a puni ce traître.CLÉOPATKE.
Un si prompt châtiment doit vous être bien doux.
CORNÉLIE.
S’il a quelque douceur, elle n’est que pour vous.
CLEOPATRE.
Tous les cœurs trouvent doux le succès qu’ils espc-cornélje. [rent.
Comme nos intérêts, nos sentiments diffèrent.
Si César à sa mort joint celle d’Achillas,
Vous êtes satisfaite, et je ne la suis pas.
Aux mânes de Pompée il faut une autre offrande :La victime est irop basse, et l’injure est trop grande;Et ce n'est pas un sang que pour la réparer