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LE MENTEUR, ACTE II, SCÈNE VIT.
11 appelle au secours, il crie à l’assassin :
Son lils et deux valets nie coupent le chemin.Furieux de ma perte, et combattant de rage,
Au milieu de tous trois je me faisais passage,Quand un autre malheur de nouveau me perdit ;Mon épée en ma main en trois morceaux rompit.Désarmé, je recule, et rentre : alors Orphise,l)e sa frayeur première aucunement remise,
Sait prendre un temps si juste en son reste d’effroi,Qu’elle pousse la porte et s’enferme avec moi.Soudain nous entassons, pour défenses nouvelles,Bancs, tables, coffres, lits, et jusqu’aux ese.ahe.lles,Nous nous barricadons, et, dans ce premier feu,Nous croyons gagner tout à différer un peu.
Mais comme à ce rempart l’un et l’autre travaille,D’une chambre voisine on perce la muraille :Alors me voyant pris, il fallut composer.
( Ici Clarice les voil de sa fenêtre; et Lucrèce, avecIsabelle, les voit aussi de la sienne.)
GÉlVONTE.
C’est-à-dire en français qu'il fallut l’épouser ?
DORANTE.
Les siens m’avaient trouvé de nuit seul avec elle,Us étaient les plus forts, elle me semblait belle,Le scandale était grand, son honneur se perdait :A ne le faire pas ma tète en répondait;
Ses grands efforts pour moi, son péril, et ses larmes,A mon cœur amoureux étaient de nouveaux cliar-
[mes :
Donc, pour sauver ma vie ainsi que son honneur,Et me mettre avec elle au comble du bonheur,
Je changeai d’un seul mot la tempête en bonace,Et lis ce que tout autre aurait fait en ma place.Choisissez maintenant de me voir ou mourir,
Ou posséder un bien qu’on ne peut trop chérir.
GÉRONTE.
Non, non, je ne suis pas si mauvais que tu penses,Et trouve en ton malheur de telles circonstances,Que mon amour t’excuse ; et mon esprit touchéTe blême seulement de l’avoir trop caché.
DORANTE.
Le peu de bien qu’elle a me faisait vous le taire.
GÉRONTE.
Je prends peu garde au bien, afin d’être bon père.Elle est belle, elle est sage, elle sort de bon lieu,Tu l’aimes, elle t’aime; il me suffit. Adieu :
Je vais me dégager du père de Clarice.
SCÈNE VI.
DORANTE, CLITON-
DORANTE.
Que dis-tu de l’histoire, et de mon artifice?
Le bon homme en tient-il ? m’en suis-je bien tiré?
Quelque sot en ma place y serait demeuré ;
Il eût perdu le temps à gémir et se plaindre,
Et, malgré son amour, se fut laissé contraindre.Oh ! l’utile secret que mentir à propos !
CLITON.
Quoi ! ce que vous disiez n’est pas vrai !
DORANTE.
Pas deux mots,
Et tu ne viens d’ouïr qu’un trait de gentillessePour conserver mon Ame et mon cœur à Lucrèce-CLITON.
Quoi ! la montre, l’épée, avec le pistolet...
DOUANTE.
Industrie.
CLITON.
Obligez, monsieur, votre valet. [maîtr e iQuand vous voudrez jouer de ces grands coups deDonnez-lui quelque signe à les pouvoir connaître ;Quoique bien averti, j’étais dans le panneau.dorante.
Va, n’appréhende pas d’y tomber de nouveau ;
Tu seras de mon cœur l’unique secrétaire,
Et de tous mes secrets le grand dépositaire.
CLITON.
Avec ces qualités j’ose bien espérerQu’assez malaisément je pourrais m’en parer.Mais parlons de vos feux. Certes cette maîtresse.
SCÈNE VII.
DORANTE, CLITON, SABINE.
SARINE.
(Donnant un billet à Dorante.)
Lisez ceci, monsieur.
dorante.
D’où vient-il ?
SABINE.
De Lucrèce.DOU ANTE , après avoir iu.
Dis-Iui que j’y viendrai.
(Sabine rentre, et Dorante continue.)
Doute encore, Cliton,
A laquelle des deux appartient ce beau nom-Lucrèce sent sa part des feux qu’elle fait naître,Et me veut cette nuit parler par sa fenêtre.
Dis encor que c’est l’autre, ou que tu n’es qu’un soPQu’aurait l’autre à m’écrire, à qui je n’ai dit mot •
CLITON.
Monsieur, pour ce sujet n’ayons point de querelle,Cette nuit, à la voix, vous saurez si c’est elle.dorante.
Coule-toi là-dedans, et de quelqu’un des siensSache subtilement sa famille et ses biens.