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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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LE MENTEUR, ACTE V, SCÈNE VI. 183

Depuis que vos regards m’ont mis sous votre loi...

CLARICE, bas, à Lucrèce.

Crois-tu que le discours s’adresse encore à toi?

LUCRÈCE , bas, à Clarice.

Je ne sais où j’en suis !

CLARICE, bas, à Lucrèce.

Oyons la fourbe entière.

^LUCRÈCE , bas, à Clarice.

^ u ce que nous savons, elle est un peu grossière.

CLAIirCE, bas, à Lucrèce.

D’est ainsi qu’il partage entre nous son amour ;

^ te flatte de nuit, et m’en conte de jour.

DORANTE, à Clarice.

J ousconsultezensemble! Ah ! quoi quelle vousdie,Sur de meilleurs conseils disposez de ma vie ;

'•e sien auprès de vous me serait trop fatal ;

J'Aie a quelque sujet de me vouloir du mal.

LUCRECE, en elle-même.

Ali ! je n’en ai que trop, et si je ne me venge...

CLARTCE, à Dorante.

De qu’elle me disait est de vrai fort étrange.

DORANTE.

D’est quelque invention de son esprit jaloux.

CLARTCE.

Je le crois : mais enfin me reconnaissez-vous?DORANTE.

^ je vous reconnais! quittez ces railleries,

^°us que j’entretins hier dedans les Tuileries;

Qtte je fis aussitôt maîtresse de mon sort.

Si

CLARICE.

je veux toutefois en croire son rapport,

D°ur une autre déjà votre âme inquiétée...

DORANTE.

^f>Ur une autre déjà je vous aurais quittée?

^ Ue plutôt à vos pieds mon cœur sacrifié...

CLARICE.

le >i plus, si je la crois, vous êtes marié.

DORANTE

° u s me jouez, madame, et, sans doute pour rire,.°»s prenez du plaisir à m’entendre redireD u a dessein de mourir en des liens si doux' e 'tte fais marié pour toute autre que vous.

. CLARICE.

^ a is avant qu’avec moi le nœud d'hymen vous lie,°Us serez marié, si l’on veut, en Turquie.

Av

M,

DORANTE.

1 ai 't qu’avec toute autre on me puisse engager,Se rai marié, si l’on veut, en Alger.

CLARICE.

a,s enfin vous n’avez que mépris pour Clarice?

. DORANTE.

E ais enfin vous savez le nœud de l’artifice,îne pour être à vous je fais ce que je puis.

j CLARICE.

T e ne sais plus moi-même à mon tour où j’en suis.

Lucrèce

écouté un mot.

DORANTE , bas, à Cliton.

LucrèceI que dit-elle?

CLITON , bas, à Doranle.

Vous en tenez, monsieur : Lucrèce est la plus belle;Mais laquelle des deux? J’en ai le mieux jugé,

Et vous auriez perdu si vous aviez gagné.dorante,

Celte nuit à la voix j’ai cru la reconnaître.

CLITON , bas, à Dorante.

Clarice sous son nom parlait à sa fenêtre ;

Sabine m’en a fait un secret entretien.

DORANTE , bas, à Cliton.

Bonne bouche ! j’eu tiens : mais l’autre la vaut bien.Et, comme dès tantôt je la trouvais bien faite,Mon cœur déjà penchait où mon erreur le jette.

Ne me découvre point; et dans ce nouveau feuTu me vas voir, Cliton, jouer un nouveau jeu.Sans changer de discours, changeons de batterie.

LUCRÈCE, bas, à Clarice.

Voyons le dernier point de son effronterie.

Quand tu lui diras tout, il sera bien surpris.

CLARICE, à Dorante.

Comme elle est mon amie, elle m’a tout appris.Cette nuit vous l’aimiez, et m’avez méprisée.Laquelle de nous deux avez-vous abusée?

Vous lui parliez d’amour en termes assez doux.

DORANTE.

Moi! depuis mon retour je n’ai parlé qu’à vous.

CLARICE.

Vous n’avez point parlé cette nuit à Lucrèce ?

DORANTE.

Vous n’avez point voulu me faire un tour d’adresse?Et je ne vous ai point reconnue à la voix ?

CLARICE.

Nous dirait-il bien vrai pour la première fois?

DORANTE.

Pour me venger de vous j’eus assez de malicePour vous laisser jouir d’un si lourd artifice,

Et, vous laissant passer pour ce que vous vouliez,Je vous en donnai plus que vous ne m’en donniez.Je vous embarrassai, n’en faites point la fine;Choisissez un peu mieux vos dupes à la mine,Vous pensiez me jouer; et moi je vous jouais,Mais par de faux mépris que je désavouais :

Car enfin je vous aime, et je hais de ma vieLes jours que j’ai vécu sans vous avoir servie.

CLARICE.

Pourquoi, si vous m’aimez, feindre un hymen enQuand un pèrepourvous est venu me parler? [l’air,Quel fruit de cette fourbe osez-vous vous promettre?

LUCRÈCE , à Dorante.

Pourquoi, si vous l’aimez, m’écrire cette lettre?

DORANTE, à Lucrèce.

J’aime de ce courroux les principes cachés.

Je ne vous déplais pas, puisque vous vous fâchez.Mais j’ai moi-même enfin assez joué d’adresse ;