LA SUITE DU MENTEUR, ACTE II, SCÈNE II.
N 'Centre point chez nous.; et quaml il me rencontre,
" semble qu'avec peine à mes yeux il se montre,
Et,
Qui
19.j
prend l’occasion avec une froideur
1 craint en me parlant d’abaisser sa grandeur.
LYSE.
^eut-être il est timide, et n’ose davantage.
MÉLISSE.
'''il craint, c'est que l'amour trop avant ne l’engage.^ voit souvent mon frère, et ne parle de rien
LYSE.
-lais vous le recevez, ce me semble, assez bien.
MÉLISSE.
Coi
l’ai
j^ais je commence à voir que de tels cajoleurse font qu’effaroucher les partis les meilleurs,j’f r| e dois plus souffrir qu’avec cette grimace" n véritable amant il occupe la place.
U| ne je ne suis pas en amour des plus (lues,"te d'autre j’en souffre, et je lui rends ses mines;
Je
LYSE.
ai vu pour vous voir faire beaucoup de tours.
„ ' MÉLTSSE.
A ’ 1 l’empêche d’entrer, et me voir tous les jours ?ettft façon d’agir est-elle plus polie?
’ roit -il...?
LYSE.
j Les amoureux ont chacun leur folie :
sienne est de vous voir, avec tant de respect,jJ * Passe pour superbe, et vous devient suspect ;
vôtre, un dégoût de cette retenue,j, 1 v °us fait mépriser la personne connue,j? ,lr donner votre estime, et chercher avec soin‘ a >tiour d’un inconnu, parce qu’il est de loin.
SCÈNE II.
CLÉ AN DRE, MÉLISSE, LYSE.
jf CLÉANDRE.
Ht. ® rs ce prisonnier as-tu fait cette feinte,lt steur?
MÉLISSE.
o, Sans me connaître,il mecroitl’ihne atteinte,Vhe in 1- ■ , . . ’
q u J 1 ai vu conduire en ce triste séjour,
].; t ! u ' a lettre et l’argent sont des effets d’amour ;
, > ( I l| i l’a vu, m’en dit tant de merveilles,
e fait presque entrer l’amour par les oreilles.
Ab | . CLÉANDBE.
Sl tu savais tout !
MÉLISSE.
É|| e Elle ne laisse rien ;
U® v ^" ' ante l’esprit, la taille, le maintien,
Ah ;Que
t,e attrayant, et la façon modeste.
( JUe c’,
CLEANDRE.
u'est peu de chose au prix de ce qui reste !
test ■ . mélisse.
1 f, ‘'-il à dire? Un courage invaincu?
CLEANDRE.
C’est le plus généreux qui jamais ait vécu;
C’est le cœur le plus noble, et l’âme la plus haute...
MÉLISSE.
Quoi ! vous voulez, mon frère, ajouter à sa faute,Percer avec ces traits un cœur qu’il a blessé,
Et vous-même achever ce qu’elle a commencé?
CLÉANDBE.
Ma sœur, à peine sais-je encor comme il se nomme,Et je sais qu’on n’a vu jamais plus honnête homme,Et que ton frère enfin périrait aujourd’hui,
Si nous avions affaire à tout autre qu’à lui.
Quoique notre partie ait été si secrèteQue j’en dusse espérer une sûre retraite,
Et que Florange et moi, comme je t’ai conté,
Afin que ce duel ne pût être éventé,
Sans prendre de seconds , l’eussions faite de sorteQue chacun pour sortir choisit diverse porte,
Que nous n’eussions ensemble été vus de huit jours,Que presque tout le monde ignorât nos amours,Et que l’occasion me fût si favorableQue je vis l’innocent saisi pour le coupable ;
Je crois te l’avoir dit, qu’il nous vint séparer,
Et que sur son cheval je sus me retirer.
Comme je me montrais, afin que ma présenceDonnât lieu d’en juger une entière innocence,
Sur un bruit répandu que le défunt et moiD’une même beauté nous adorions la loi,
Un prévôt soupçonneux me saisit dans la rue,
Me mène au prisonnier, et m’expose à sa vue.Juge quel trouble j’eus de me voir en ces lieux :Ce cavalier me voit, m’examine des yeux,
Me reconnaît, je tremble encore à te le dire ;
Niais apprends sa vertu, chère sœur, et l’admire.Ce grand cœur, se voyant mon destin en la main,Devient pour me sauver à soi-même inhumain ;Lui qui souffre pour moi sait mon crime elle nie,Dit que ce qu’on m’impute est une calomnie,Dépeint le criminel de toute autre façon,
Oblige le prévôt à sortir sans soupçon,
Me promet amitié, m’assure de se taire.
Voilà ce qu’il a fait; vois ce que je dois faire.MÉLISSE.
L’aimer, le secourir, et tous deux avouerQu’une telle vertu ne se peut trop louer.
CLÉANDBE.
Si je l’ai plaint tantôt de souffrir pour mon crime,Cette pitié, ma sœur, était bien légitime ;
Niais ce n’est plus pitié, c’est obligation,
Et le devoir succède à la compassion.
Nos plus puissants secours ne sont qu’ingratitude ;Mets à les redoubler ton soin et ton étude ;
Sous ce même prétexte et ces déguisementsAjoute à ton argent perles et diamants;
Qu’il ne manque de rien ; et pour sa délivranceJe vais de mes amis faire agir la puissance,