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LA SUITE I)U MENTEUR, ACTE III, SCÈNE IV.
DOUANTE.
Je demeure immobile, et, pour vous répliquer,Je perds la liberté même de m’expliquer.Surpris, charmé, confus d’une telle merveille,
Je
ne sais si je dors, je ne sais si je veille,
y t) ' 1 J V
■ e ne sais si je vis ; et je sais toutefoisQue ma vie est trop peu pour ce que je vous dois;Que tous nies jours usés à vous rendre service,Que tout mon sang pour vous offert en sacrifice,Que tout mon cœur brillé d’amour pour vos appas,Envers votre beauté ne m’acquitteraient pas.
MÉLISSE.
Sachez, pour arrêter ce discours qui me flatte,
Que je n’ai pu moins faire,à moins qued’être ingrate.^ °us avez fait pour moi plus que vous ne savez ;
Et
je vous dois bien plus que vous ne me devez.
v °us m’entendrez un jour; à présentje vous quitte ;
malgré mon amour, je romps cette visite :
J" e soin de mon honneur veut que j’en use ainsi ;e crains à tous moments qu’on me surprenne ici ;C'Ucor que déguisée, on pourrait me connaître.
Je
v ous puis cette nuit parler par la fenêtre,
moins si le concierge est homme à consentir,^ force de présents, que vous puissiez sortir :
Ul1 peu d’argent fait tout chez les gens de sa sorte.
DORANTE.
’k'is, après que les dons m’auront ouvert la porte,11 dois-je vous chercher?
MÉLISSE.
y Ayant su la maison,
j.° Us pourriez aisément vous informer du nom ;mcore un jour ou deux il me faut vous le taire :
a > s vousn’êtes pas homme à me vouloir déplaire.J Mou
^ °ge en Bellecour, environ au milieu,ans Un grand pavillon. N’y manquez pas. Adieu.
DORANTE.
0ll «ez quelque signal pour plus certaine adresse.
y. LYSE.
j, ft Enge servira de marque plus expresse ;e u prendrai soin.
MÉLISSE.
jjj On ouvre, et quelqu’un vous vient voir.
v °Us m’aimez, monsieur...
( Elles baissent toutes deux leurs coiffes.)DORANTE.
Je sais hieii mon devoir ;ma discrétion prenez toute assurance.
SCÈNE IV.
J'IIILI.STK, DORANTE, CLITON.
Aaq PHILISTE.
Yo ü ’ n ° tre bonheur passe notre espérance.s av ez compagnie ? Ali ! voyons, s’il vous plaît.
DORANTE.
Laissez-les s’échapper, je vous dirai qui c’est.
Ce n’est qu’une lingère : allant en Italie,
Je la vis en passant, et la trouvai jolie;
Nous fîmes connaissance ; et me sachant ici,Comme vous le voyez, elle en a pris souci.
PHILISTE.
Vous trouvez en tous lieux d’assez bonnes fortunes.
DORANTE.
Celle-ci pour le moins n’est pas des plus communes.
PHILISTE.
Elle vous semble belle, à ce compte ?
DORANTE.
A ravir.
PHILISTE.
Je n’en suis point jaloux.
DORANTE.
M’ÿ voulez-vous servir ?
PHILISTE.
Je suis trop maladroit pour un si noble rôle.
DORANTE.
Vous n’avez seulement qu’à dire une parole.
PHILISTE.
Qu’une.
DORANTE.
Non. Cette nuit j’ai promis de la voir,Sûr que vous obtiendrez mon congé pour ce soir.Le concierge est à vous.
PHILISTE.
C’est une affaire faite.
DORANTE.
Quoi ! vous me refusez un mot que je souhaite ?
PHILISTE.
L’ordre, tout au contraire, eii est déjà donné,
Et votre esprit trop prompt n’a pas bien deviné.
Comme je vous quittais avec peine à vous croire,Quatre de mes amis m’ont conté votre histoire :Ils marchaient après vous deux ou trois mille pas ;Ils vous ont vu courir, tomber le mort à bas,L’autre vous démonter, et fuir en diligence :
Ils ont vu tout cela de sur une éminence,
Et n’ont connu personne, étant trop éloignés.Voilà, quoi qu’il en soit, tous nos procès gagnés,Et plus tôt de beaucoup que je n’osais prétendre.Je n’ai point perdu temps, et les ai fait entendre;Si bien que, sans chercher d’autre éclaircissement,Vos juges m’ont promis votre élargissement.
Mais, quoiqu’il soit constant qu’on vous prend pourIl faudra caution, et je serai la vôtre : [un autre,Ce sont formalités que pour vous dégagerLes juges, disent-ils, sont tenus d’exiger;Maissansdouteilsenfontainsi quebonleur semble.Tandis, ce soir chez moi nous souperons ensemble;Dans un moment ou deux vous y pourrez venir;Nous aurons tout loisir de nous entretenir,
Et vous prendrez le temps de voir votre lingère.