201 LA SUITE DU M ENTE U H, ACTE IV. SCENE I
Ils m'ont dit toutefois qu’il serait nécessaireDe coucher pour la forme un moment en prison,Et m’en ont sur-le-champ rendu quelque raison ;Mais c’est si peu mon jeu que de telles matières,Qûe j’en perds aussitôt les plus belles lumières.Vous sortirez demain, il n’est rien de plus vrai ;C’est tout ce que j’en aime, et tout ce que j’en sai.
DORANTE.
Que ne vous dois-je point pour de si bons offices !
PHILISTE.
Ami, ce ne sont là que de petits services;
Je voudrais pouvoir mieux; tout me serait fort doux.Je vais chercher du monde à souper avec vous.Adieu : je vous attends au plus tard dans une heure.
SCÈNE V.
DORANTE, CLITON.
DOUANTE.
Tn ne dis mot, Cliton.
CLITON.
Elle est belle, ou je meure.DORANTE.
Elle te semble belle ?
CLITON.
Et si parfaitement,
Que j’en suis même encor dans le ravissement.Encor dans mon esprit je la vois, et l’admire,
Et je n’ai su depuis trouver le mot à dire.
DORANTE.
■Te suis ravi de voir que mon électionAit enfin mérité ton approbation.
CLITON.
Ah ! plût à Dieu, monsieur, que ce fut la servante !Vous verriez comme quoi je la trouve charmante,Et comme pour l’aimer je ferais le mutin.
DORANTE.
Admire en cet amour la force du destin.
CLITON.
J’admire bien plutôt votre adresse ordinaire,
Qui change en un moment cette dame en lingère.
DORANTE.
C’était nécessité dans cette occasion,
De crainte que Philiste eût quelque vision,
S’en formât quelque idée, et la pût reconnaître.
CLITON.
Cette métamorphose est de vos coups de maître,Je n’en parlerai plus, monsieur, que cette lois;Mais en un demi-jour comptez déjà pour trois.
Un coupable honnête homme,un portrait, une dame,A son premier métier rendent soudain votre âme ;Et vous savez mentir par générosité,
Par adresse d’amour, et par nécessité.
Quelle conversion !
DORANTE.
Tu fais bien le sévère.
CLITON.
Non, non, à l’avenir je fais vœu de m’en taire :J’aurais trop à compter.
DORANTE.
Conserver un secret,
Ce n’est pas tant mentir qu’être amoureux discretL’honneur d’une maîtresse aisément y dispose.
CLITON.
Ce n’est qu’autre prétexte, et non pas autre chose-Croyez-moi, vous mourrez, monsieur, dans votreEt vous mériterez cet illustre tombeau, [peau,Cette digne oraison que naguère j’ai faite :
Vous vous en souvenez sans que je la répète.
DORANTE.
Pour de pareils sujets peut-on s’en garantir?
Et toi-mêine à ton tour ne crois-tu point mentir?L’occasion convie, aide, engage, dispense;
Et pour servir un autre on ment sans qu’on y pense-
CLITON.
Si vous m’y surprenez, étrillez-y-moi bien.
DORANTE.
Allons trouver Philiste, et ne jurons de rien.
ACTE QUATRIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
MÉLISSE, LYSE.
JIÉI.1SSE.
J’en tremble encorde peur, et n’en suis pas retint'
LYSE.
Aussi bien comme vous je pensais être prise.
MÉLISSE.
Non, Philiste n’est fait que pour in’incominodr r -Voyez ce qu’en ces lieux il venait demander,
S’il est heure si tard de faire une visite.
LYSE.
Un ami véritable à toute heure s’acquitte ;
Mais un amant fâcheux, soit de jour, soit de nToujours à contre-temps à nos yeux se produit»Et depuis qu’une fois il commence à déplâtre,
Il ne manque jamais d’occasion contraire :
Tant son mauvais destin semble prendre de sA mêler sa présence où l’on la veut le inouïs -
MELISSE.
Quel désordre eût-ce été, Lyse, s’il m’eût connLYSE.
11 vous aurait donné fort avant dans la vue.